RECITS DE VOYAGE

 

CARVALHO, Bernardo

Mongolia

(Métailié)

Nouveau

Le narrateur, consul brésilien en Mongolie, a envoyé un diplomate dans le centre du pays à la recherche d'un jeune photographe brésilien disparu. Au début du récit, ce diplomate vient de mourir et tout le livre sera un flash-back pour essayer de comprendre ce qui s'est passé pendant ce voyage. Pour l'aider dans ses recherches, le narrateur a un outil précieux, le journal de bord tenu par le diplomate et que lui a remis le guide qui l'a accompagné pendant une partie de son voyage.

 

Ce récit à trois voix est à la fois une plongée dans le centre de la Mongolie et son fabuleux désert de Gobi, une découverte de ses habitants et notamment de ses nomades, et aussi une quête des personnages qui sont tous les trois à la recherche d'eux-mêmes.

 

Bien qu'un peu confus (les trois voix sont parfois un peu emmêlées…), ce livre est un beau récit de voyage sans complaisance et une belle découverte de la Mongolie et de ses racines.

 

BRYSON, Bill

American rigolos. Chroniques d'un grand pays

Payot

Vous cherchez un livre drôle ? En voici un qui vous déridera les zygomatiques ! Bill Bryson est américain, il part habiter en Angleterre à la fin de l'adolescence, se marie avec une Anglaise, fonde une famille et décide, vingt ans plus tard, de retourner aux USA. Alors là il n'en revient pas ! Le mode de vie, la nourriture, les loisirs, les relations de voisinage, l'usage de la voiture, etc…Toute la vie américaine lui apparaît comme dans un miroir grossissant, et c'est drôle, très drôle !

Ce livre (à l'origine ce sont des chroniques écrites pour un hebdomadaire) fera la joie des "anti-américains" et amusera bien les "pro" !

 

 

LAPOUGE, Gilles

En étrange pays

(Albin Michel, 2003)

"Ces chroniques ne se connaissaient pas. Elles ne s'étaient jamais rencontrées. Aujourd'hui les voici ensemble. Je ne sais pas si elles s'aiment, et est-ce qu'elles auront quelque chose à se dire".
En effet, du voyage et de l'exotisme aux navigateurs solitaires, des jardins et des labyrinthes aux ânes et aux hirondelles, du lac Léman et de la mythologie aux écureuils anglais, ces chroniques nous transportent dans des lieux différents mais toujours en nous parlant du dehors. Comme dans "Besoin de mirages", Gilles Lapouge nous évoque le désir de voyage sans tomber dans l'exotisme facile. A déguster d'un seul coup ou en plusieurs fois, voici des chroniques aux tons très variés mais à l'humour toujours présent.

 

SCHWARZENBACH, Anne-Marie

Où est la terre des promesses ? Avec Ella Maillart en Afghanistan (1939-1940)

(Payot, 2002)

Quand Ella Maillard retourne en Afghanistan en 1939, c'est pour retrouver ce pays qu'elle a déjà visité deux ans auparavant et en explorer d'autres régions. Annemarie Schwarzenbach était journaliste et avait déjà réalisé des reportages à l'occasion de voyages en Europe, en Asie et aux Etats-Unis. En 1939 elle sort de plusieurs cures de désintoxication mais la perspective de partir en Afghanistan avec Ella Maillard lui redonne de l'énergie. "Où est donc la terre des promesses" est donc un "double" de "La voie cruelle" où Ella Maillard fait le récit de ce voyage et il est difficile de le lire sans y penser. Le ton d'Annemarie Schwarzenbach est toujours empreint de poésie et de générosité mais malgré tout on sent qu'elle parle d'elle avant de parler de l'autre et son ton quelque peu journalistique a du mal à nous faire oublier le style unique d'Ella Maillard.

 

SAROYAN, William

Echappée en roue libre

(Buchet-Chatel, 2003)

William Saroyan, auteur américain d'origine arménienne, a surtout été célèbre dans les années trente-quarante pour ses romans et ses pièces de théâtre plutôt divertissantes. Pourtant cette gaieté cachait une profonde mélancolie due à une enfance d'orphelin et accentuée ensuite par une vie familiale ratée.
Ce livre est le récit de la traversée des Etats-Unis qu'il fit, en 1961, dans une superbe Limousine achetée à un gangster, en compagnie d'un cousin à lui, pour retrouver un oncle en Californie. Ce périple est l'occasion d'évoquer leurs souvenirs communs, son métier d'écrivain, les personnalités qu'il a rencontrées (Hemingway, Fellini, etc).
Le ton est léger, désinvolte, et donne envie de découvrir ses romans récemment réédités chez Buchet-Chastel.

BOUVIER, Nicolas / MAILLART, Ella

Témoins d'un monde disparu

(Zoé, 2002)

Nicolas Bouvier et Ella Maillart, deux êtres d'exception, deux voyageurs qui ont marqué le siècle par leurs récits de voyage. Ella Maillart est une pionnière. Dès 1930 elle part en Russie puis, peu après, traverse la Chine et l'Asie centrale avec Peter Fleming (voyage relaté dans "Oasis interdites"). Et quand Nicolas Bouvier va lui demander des conseils pour un de ses voyages, en 1952, elle lui dit que "partout où des hommes vivent, un voyageur peut vivre aussi".
C'est un bel hommage que Bouvier lui rend dans ce petit livre avec ce portrait magnifique et, en seconde partie, une série de photos prises par Ella Maillart en Asie.

 

DE BOTTON, Alain

L'art du voyage

Mercure de France, 2003

Ceci est un récit de voyage qui n'en est pas un, c'est plutôt un récit sur l'idée que l'on se fait du voyage. Alain de Botton nous avait déjà montré son esprit fin et caustique dans "Comment Proust peut changer votre vie" (ou la vie quotidienne avec Proust). Ici il s'appuie sur son expérience d'anglais aimant le voyage mais n'étant pas "grand voyageur" devant l'Eternel, et sur les écrits ou les peintures de quelques grands aînés inspirés par l'errance (Hopper, Ruskin, Flaubert, Van Gogh, Humboldt,…)

Quelques réflexions en vrac :

Pourquoi a-t-on le désir de voyager ? Pour s'évader surtout, et soleil, ciel bleu, mer et cocotiers semblent le remède à notre mélancolie. Botton y succombe en quittant un Londres humide et froid pour un séjour à la Barbade. Toutefois ses soucis ne s'effacent pas par magie car, écrit-il, "un fait important mais jusque là négligé, faisait sa première apparition, à savoir que je m'étais étourdiment amené avec moi dans l'île".

Et l'exotisme, toujours recherché, est de plus en plus factice et de moins en moins "exotique" (étranger).

Quant au lieu lui-même, mieux il est connu (par des tableaux, des photos), plus il sera visité par des voyageurs avides de "retrouver", de "reconnaître" plutôt que de découvrir. D'ailleurs Botton se surprend à trouver les oliviers provençaux "rabougris" et les champs de blé "mornes" avant de les redécouvrir par le filtre (philtre ?) du regard de Van Gogh.

Un bon moyen pour s'imprégner d'un paysage ou d'un lieu et se l'approprier, est de faire de la "peinture verbale" (selon l'expression de Ruskin), c'est-à-dire de le décrire aussi minutieusement que possible. Cela nécessite une observation et une mise en mots qui nous donne l'impression de garder en nous cet instant de bonheur.

A l'encontre des guides qui nous disent ce que nous devons voir et faire "là-bas", Botton nous propose son "art de voyager" qui serait donc l'art de mettre en adéquation ce que l'on cherche en faisant un voyage et les moyens de répondre à cette attente.

BENCHLEY, Robert

L'expédition polaire à bicyclette

(Le Dilettante, 2002)

Robert Benchley était journaliste et critique de théâtre à New-York pendant l'entre-deux-guerres. Pour répliquer aux innombrables récits d'expéditions d'aviateurs très à la mode à l'époque (Byrd, Amundsen,…), il décide d'en proposer un au magazine Life. Lui aussi sera un "héros séducteur aux pieds pleins d'engelures", lui aussi ira jusqu'au Pôle Nord, lui aussi bénéficiera des dernières innovations techniques. Son expédition : partir à vélo de l'immeuble du magazine Life... en direction du Pôle.

Inutile de dire que cette parodie de récit d'expédition est fort drôle, dommage que ce soit si court !

 

 

LARSSON, Björn

La sagesse de la mer

(Grasset)

Ce livre n'est ni un roman, ni un récit d'aventures en mer, plutôt une réflexion de l'auteur du "Cercle celtique" sur son attachement à la mer et son besoin de liberté.

Pendant plusieurs années, Larsson a choisi de vivre sur un voilier, sans avoir de domicile à terre, et de naviguer le plus possible. Dans la mer du Nord surtout, et autour de l'Irlande, de l'Ecosse, au milieu des Hébrides, et vers la Bretagne.

Ce qu'il cherche dans ce choix de vie : la liberté. La liberté, selon lui, c'est avoir assez d'argent pour vivre pendant un, deux ou trois ans, et aller où l'on veut, quand on veut. Et même s'il faut reprendre une vie professionnelle pendant quelque temps (il est maître de conférence et écrivain), c'est dans le but de repartir, encore et toujours.

Beaucoup en rêvent, Björn Larsson nous le fait partager avec beaucoup d'émotion dans cet éloge du vagabondage en mer.

POINDRON, Eric

Belles étoiles

(Flammarion)

 

 

 

J'aime cette sensation de quitter un livre à regret, comme on quitte un ami. C'est souvent le cas avec les récits de voyage où, littéralement, on chemine avec l'auteur jour après jour. J'ai donc cheminé ces derniers jours avec Eric Poindron dans les Cévennes, sur les pas de Stevenson.

"Je ne voyage pas pour aller quelque part, mais pour voyager" écrit Stevenson.

"Que signifie refaire le voyage ? On marche sur des traces et on en sème d'autre" lui répond Eric Poindron.

Certes c'est le "Voyage avec un âne dans les Cévennes" qui sert de partition, mais il écrit sa musique dessus. Le voyage est aussi et surtout un périple intérieur. Au gré des rencontres, avec les randonneurs, les habitants, les moines trappistes, au gré de la marche, Eric, son compagnon et leur âne font "le" voyage et, selon l'expression de Nicolas Bouvier, le voyage les fait et les défait. C'est un beau périple dédié à ses illustres prédécesseurs, Stevenson, Bouvier, mais aussi bien sûr Jacques Lacarrière.

Dans son "Entretien" avec Jean Lebrun, Lacarrière écrit "Apprendre à être un être humain, ça ne s'enseigne pas à l'université. Il est aussi important pour moi (...) de savoir se comporter dans un pays oriental (...) que de traduire du Sophocle. Ce sont deux aspects de la vie qui sont complémentaires".

Une belle leçon d'humanisme que nous donnent tous ces écrivains voyageurs.

 

STEVENSON, Robert Louis

Voyage avec un âne dans les Cévennes

Après "Belles étoiles : avec Stevenson dans les Cévennes" d'Eric Poindron, j'ai naturellement poursuivi le périple avec son inspirateur, le Stevenson de "Voyage avec un âne dans les Cévennes".

En 1878, Stevenson habite en France. Il décide de faire ce voyage à pied, au cœur des Cévennes, par goût pour le contact avec la nature et aussi pour meubler sa solitude pendant le voyage de Fanny, sa future femme, en Amérique.

Seul, il ne l'est pas tout à fait. Il est bien sûr accompagné de Modestine. Réticent et même un peu agressif au début avec son ânesse, il se prend peu à peu de tendresse pour elle et découvre la nature "avec (leurs) six jambes".

Plein d'humour, de bonne humeur et de tonicité, ce récit est aussi un hymne à la nature. L'automne dans les Cévennes est encore magnifié par l'écriture de Stevenson, tellement en communion avec l'extérieur qu'il choisit le plus souvent de dormir "à la belle étoile" plutôt qu'à l'abri.

C'est après avoir découvert cette région imprégnée à la fois de coutumes païennes (la bête du Gévaudan est encore dans tous les esprits) et d'esprit religieux (c'est le pays des Camisards) qu'il écrira ce récit devenu mondialement célèbre (un sentier "Stevenson" a été balisé).

Ou comment découvrir ou redécouvrir les Cévennes grâce à la littérature.

 

CELATI, Gianni

Aventures en Afrique

(Serpent à plumes)

Gianni Celati, journaliste et écrivain, va accompagner Jean Talon, un de ses amis, dans un voyage en Afrique noire pour effectuer des recherches documentaires sur les méthodes des guérisseurs Dogon. Cet objectif s'avère en fait difficile à atteindre, l'Afrique et ses charmes prennent bientôt au piège Celati et son ami ; les rencontres, les circonstances, les amitiés... l'Afrique quoi !

Aux antipodes d'un voyage touristique, ce livre, composé de neuf carnets, est le récit des rencontres de l'auteur avec l'Afrique, avec les Africains, avec la mentalité africaine.

Beaucoup de sensibilité dans ce très beau récit dont le grand inspirateur est bien sûr Nicolas Bouvier.