BANDES DESSINEES

 

TISSERON, Serge

Journal d'un psychanalyste

(Marabout)

Nouveau

Voilà une bande dessinée petit format qui plaira à tous ceux qui ont toujours voulu savoir ce qui se disait sur un divan sans jamais avoir osé le demander ! Six personnages nous racontent leurs séances et bien sûr le sérieux flirte toujours avec l'humoristique.

Serge Tisseron est psychanalyste et aussi dessinateur, il a déjà écrit "Tintin chez le psychanalyste", "Psychanalyse de la bande dessinée" et beaucoup d'autres livres dont "Histoire de la psychiatrie en bande dessinée".

Question piège pour les libraires et les bibliothécaires de Zazieweb : on le classe en psychanalyse ou en bande dessinée ???

DELISLE, Guy

Pyongyang

L'Association

Quand on est amateur de récits de voyage et aussi de bande dessinée autobiographique et en noir et blanc, avec Guy Delisle on est gâté ! Son dessin malicieux, tout dans les camaïeux de gris, nous présente le périple d'un dessinateur qui va en Corée du nord coordonner la sous-traitance de films d'animation. Impossible de faire un pas tout seul, là-bas tout est prévu, organisé, rangé, guidé,… à un point tel que ce serait risible si ce n'était pas aussi dramatique ! Heureusement Guy Delisle, qui n'est que de passage, essaie de rendre son séjour le plus agréable possible, et il croque avec délice les abracadabrantesques constructions communistes et les non moins ridicules manifestations du culte du chef suprême.

 

DELISLE, Guy

Shenzhen

L'Association

Après "Pyongyang", Guy Delisle nous emmène en Chine populaire à Shenzhen (entre Hong-Kong et Canton), toujours pour coordonner les dessins animés sous-traités à des équipes asiatiques. Le dessin est toujours malicieux, l'observation attentive. Le plus surprenant est que la Chine populaire nous paraît être un modèle de démocratie après la Corée du Nord de Pyonyang ! Guy Delisle n'est bien sûr pas dupe et il nous montre quelques beaux exemples, parfois drôles, de situations absurdes ! Une bande dessinée à découvrir, même pour les gens qui n'aiment pas la BD !

 

DAVODEAU, Etienne

Rural / Chronique d'une collision politique

Delcourt

Il y a une dizaine d'années, le projet d'autoroute Angers-Cholet est annoncé. Bien que pronostiquée autoroute la moins rentable de France, et combattue par les agriculteurs et viticulteurs dont elle massacre les terres, la construction se fera.

Etienne Davodeau a choisi la forme de la bande dessinée pour faire cet excellent reportage sur les personnes concernées directement par ce projet, et plus précisément sur une ferme "bio" tenue par trois agriculteurs. Leur combat pour vivre correctement de leurs produits se mêle à celui de leur opposition au tracé de l'autoroute qui sépare leurs terres et amoindrit leurs valeurs.

Comme il y a le polar social, voilà la bande dessinée engagée, reflet des combats actuels contre la course aux profits et les petits arrangements politiques entre amis !

 

WARE, Chris

Jimmy Corrigan

Delcourt

Voilà une bande dessinée bien difficile à commenter ! Pas par sa longueur, bien qu'elle fasse sûrement plus de 400 pages (elle n'est pas paginée) ; ni par son dessin en lui-même qui est plutôt dans la famille naïf. C'est plutôt sa construction qui est déroutante.

Jimmy est un adulte en grande carence affective, ses relations avec son entourage sont difficiles et il paraît à la limite de la normalité. Un jour il décide de retrouver son père qu'il n'a jamais vu…

Le va-et-vient entre présent et passé, entre réel et imaginaire, les changements de lieux, les cadrages (multiples), les couleurs (des à-plats pastels)… Tout est fait pour que les sentiments d'irréalité et de perte de repère du héros se transmettent au lecteur. On ressort de cette BD avec un sentiment profond de détresse et on revient sur les cauchemars de Jimmy, sur les gros plans, les paysages neigeux, inlassablement, comme pour mieux comprendre ce que lui-même n'a pas compris. Une bande dessinée très riche, donc, mais difficile à appréhender à la première lecture.

 

 

SPIEGELMAN, Art

Bons baisers de New-York

Flammarion

Les admirateurs de "Maus" attendent toujours impatiemment les publications de Spiegelman. Dans "Bons baisers de New-York", on a le plaisir de le retrouver à la fois comme dessinateur (il a collaboré pendant dix ans au "New-Yorker"), et cela nous vaut de nombreux dessins et esquisses préparatoires, et comme chroniqueur qui commente les couvertures les plus marquantes de ces années.

Je crois que Paul Auster, dans la préface de cet ouvrage, résume bien ce qui fait l'immense talent de Spiegelman : "Spiegelman est une quadruple menace, unique en son genre : c'est un artiste qui dessine et peint, un caméléon qui peut parodier et embellir tous les styles picturaux, un écrivain qui s'exprime avec des phrases vivantes et acérées, et un provocateur qui a un don pour l'humour le plus sauvage et le plus ravageur. Mêlez tous ces talents, mettez-les au service d'une profonde conscience politique, et vous aurez un homme capable de marquer fortement le monde. C'est précisément ce que, pendant dix ans, Art Spiegelman a fait au "New Yorker".

 

THOMPSON, Craig
Blankets : Manteau de neige
Casterman

 

Une bande dessinée de 580 pages, ce n'est pas courant. C'est pourtant ce que nous propose l'américain Craig Thompson dans cette BD autobiographique où il raconte son enfance et son adolescence. Elevé dans une famille très chrétienne et très pratiquante, il reçoit peu d'affection de la part de ses parents, et les seuls moments agréables sont ceux qu'il passe avec son frère. Quand il rencontre Raina dans un camp de vacances, il sent qu'elle est différente et il apprend encore mieux à la connaître en allant passer un long séjour chez elle. En fait c'est l'histoire d'un premier amour qui est raconté et dessiné là, de façon parfois poignante, souvent poétique, toujours délicate.

Dire que j'ai eu le coup de foudre pour cette BD serait exagéré. Je préfère les atmosphères plus tourmentées de David B, Spiegelman ou Marjane Satrapi dans le genre autobiographique, mais le récit est prenant et on y retrouve la magie de la découverte de l'autre pendant cette période difficile de l'adolescence

JUILLARD André, SENTE Yves

Les sarcophages du 6è continent, 1ère partie

Blake et Mortimer

L'histoire commence par un joli flash-back qui nous emmène en Inde pendant la première rencontre entre Blake et Mortimer, alors jeunes étudiants. Le mouvement indépendantiste émerge avec Gandhi et, à côté de lui, avec des gourous qui abusent de la crédulité de la population. Parmi eux, Açoka, qui jure alors de se venger de Mortimer pour lequel, ou à cause duquel, sa fille s'est suicidée. Une dizaine d'années plus tard, il semble qu'Açoka réapparaisse, toujours mu par son désir de vengeance, mais surtout à la tête d'une organisation scientifique inquiétante !

Comme d'habitude dans les aventures de Blake et Mortimer, la science sera utilisée d'une façon menaçante et pour la gloire d'un personnage peu recommandable.

Le duo Juillard / Sente fonctionne très bien et assure la continuité avec les albums originaux de Jacobs.

 

VAN HAMME Jean, BENOIT Ted

L'affaire Francis Blake

Blake et Mortimer

Ce récit est le premier publié après la mort de Jacobs et je dois dire que c'est une belle réussite. Le dessin de Ted Benoit respecte bien celui de Jacobs, et le scénario de Van Hamme, grand scénariste, est digne des meilleurs Blake et Mortimer.

Le service de contre-espionnage anglais est inquiet. Un réseau d'agents étrangers est présent sur le territoire et il semble qu'un agent du service même de contre-espionnage prévienne ces agents étrangers des plans anglais. Coup de théâtre : des photos ont été prises et, même floues, elles révèlent que ce mystérieux agent double c'est... Francis Blake. Celui-ci disparaît aussitôt avec toute la police britannique à ses trousses. Seul Mortimer ne croit pas à sa culpabilité et tente de le retrouver et de l'innocenter ! Palpitant !

PETILLON René, CESTAC Florence

Super catho

Dargaud

 

La Bretagne profonde années 50. C'est la vie quotidienne de Sébastien (écoles, copains, copines, péchés "mortels" à confesser,…) mais tout tourne autour de la religion. Il y a les messes, les enfants de chœur, les scouts, le curé, l'école privée, et même une apparition de le Vierge dans un village voisin. Mais le père de Sébastien s'intéresse à un groupe catholique belge qui promet la fin du monde prochainement !

Inspiré de l'enfance de Pétillon, ce récit parlera à ceux qui ont vécu à la campagne à cette époque et amusera les autres. Il y a de la verve et de la couleur, mais personnellement je préfère quand Pétillon fait seul ses albums ("L'enquête corse" était
inoubliable !).

APPOLLO, HUO-CHAO-SI

La grippe coloniale, T.1

Vents d'Ouest

Mars 1919, la guerre est finie, les poilus créoles regagnent leurs îles, mais ils ne sont pas pour autant accueillis en héros ! Voltaire, tirailleur sénégalais, est toujours victime de racisme et Camille, gueule cassée, d'ostracisme. Mais arrive la grippe coloniale qui touche toute la population ou presque, c'est le règne de la débrouille pour se protéger… Suite au tome 2.

Le graphisme un peu caricatural (on dirait un peu du Tardi en couleur) met bien l'accent sur l'aspect tragi-comique du récit, et les couleurs (le coloriste est Tehem, l'auteur de "Malika Secousse"), rendent bien l'atmosphère colorée des îles.

Appollo et Huo-Chao-Si vivent tous les deux à La Réunion, où ils ont créé un journal de la bédé, Le Cri du Margouillat (http://www.margouillat.org/Margouillat.htm).

"La grippe espagnole" a reçu le prix de la critique 2003 de la part de l'Association des Critiques et Journalistes de Bandes dessinées (sur près de 1750 albums en compétition).

 

SATRAPI, Marjane
Broderies
L'Association

Nouveau

 

Savez-vous ce que les femmes (persanes bien sûr… pas européennes…) se racontent entre elles après le repas, quand les hommes fument ou font la sieste ? Elles se donnent des trucs pour :

- se refaire une virginité en se faisant faire une "broderie", ou en simulant la douleur et en se coupant pour que quelques gouttes de sang coulent

- plaire à son mari qui commence à regarder les plus jeunes

- ne pas se faire avoir par le riche étranger qui veut vous épouser (il est soit voleur soit homosexuel)

Je vous laisse le plaisir de découvrir les autres aspects de ces délicieuses et très réjouissantes conversations féminines animées par le trait naïf de Marjane Satrapi.

SATRAPI, Marjane

Persepolis 4

L'Association

Après son séjour en Autriche, Marjane revient en Iran, désireuse de retrouver sa famille et ses amis. Pourtant en arrivant dans son pays elle met du temps à se réadapter. Ses amies lui semblent futiles. Le port du voile lui pèse. Elle semble trouver un équilibre quand elle commence ses cours d'art et qu'elle rencontre Reza, mais son besoin d'autonomie, de liberté et d'indépendance est le plus fort...

Superbe quatrième et dernier volume de cette série dont le dessin naïf, évocateur et souvent malicieux nous aide à connaître de l'intérieur l'Iran des années 80/90.

SATRAPI, Marjane

Persepolis3

L'Association

Dans ce troisième volume, Marjane est en Autriche où ses parents l'ont envoyée pour qu'elle souffre moins du régime des ayatollahs. Mais, même si elle n'a plus ni voile ni contraintes comme en Iran, la vie est difficile pour une adolescente d'une part, iranienne d'autre part, surtout dans les années 80.... Sa sensibilité à fleur de peau et son besoin d'affection la rendent malheureuse et l'entraînent dans des aventures douloureuses. Pourtant la façon dont elle raconte tout ça est souvent humoristique, le dessin est noir mais malicieux et l'auto-dérision toujours présente. Bientôt le prochain volume, quatrième et dernier.

SATRAPI, Marjane

Persepolis2

L'Association

Nous retrouvons Marjane alors que les islamistes viennent de prendre le pouvoir. Ce qui se passe alors dépasse tout ce qu'ils avaient imaginé, pour les femmes et les filles notamment qui doivent porter le foulard. Celles qui essaient de ne pas complètement se conformer à cette obligation (la mère de Marjane au début, puis Marjane avec ses Nike et son jean...) sont insultées, arrêtées. Marjane commence à bien comprendre ce qui se passe autour d'elle. La guerre avec l'Irak, puis la guerre civile, font des victimes parmi ses proches, et ses parents décident alors de l'envoyer en Autriche pour sa sécurité. Son enfance est bien finie...

SATRAPI, Marjane

Persepolis 1

L'Association

L'annonce de la parution du volume 4 m'a décidé à lire cette bande dessinée dont j'avais beaucoup entendu parler. Et je n'ai pas été déçue. Le récit des années 70 à Téhéran vues par une petite fille est le meilleur témoignage que l'on puisse trouver de cette époque. Le dessin en noir et blanc, plutôt naïf, rappelle bien l'enfance de Marjane. Elle est née dans une famille moderne et d'avant-garde, et certains de leurs proches sont persécutés par le régime du Shah. Parallèlement à ses jeux d'enfant, elle entend parler de son grand-père ou de son oncle, persécutés puis fusillés. L'album se termine en 1979, prise du pouvoir par les islamistes. Marjane et ses parents sont plutôt optimistes, ça ne pourra pas être pire qu'avant ? Vraiment ?

UDERZO, Albert

Astérix et la rentrée gauloise

Albert René

Un nouvel Astérix, ça ne se refuse pas, surtout quand il y a des planches faites avec Goscinny et encore jamais publiées en album. Ces 14 histoires courtes sont toutes très agréables à lire. Mes préférées quand même : "Chanteclairix", l'aigle impérial qui se bat contre le coq gaulois, un aigle qui pourrait bien avoir un petit air américain... Et "Latinomanie" qui pourrait bien aussi avoir un air d"anglomanie"...

FILIPPI

Gargouilles, Tome 1 : Le voyageur

(Humanoïdes associés, 2003)

Vous vous souvenez de cette sensation étrange ressentie quand, dans un rêve, vous vous dites "je vais me réveiller, ce n'est un rêve". C'est exactement ce qui arrive à Grégoire, petit garçon de douze ans, qui emménage dans une nouvelle ville la veille de la rentrée scolaire. Après avoir ramassé un médaillon, il se retrouve au 17è siècle, avec des parents, une sœur, une tante et une école, mais ils ont tous un air un peu différent de d'habitude ! Et pourquoi les gargouilles, les lutins et les dragons de la Collégiale se mettent-ils à bouger et à parler le soir venu ? Toutes ces aventures sont un peu effrayantes mais tellement excitantes !

Voici une bande dessinée merveilleuse, avec une belle histoire pour les petits et les grands, et surtout un dessin délicieux et malicieux aux couleurs acidulées comme les bonbons Haribo.

 

MATTOTTI, Lorenzo

Docteur Jekyll et Mister Hyde

(Castermann, 2002)

On connaît l'histoire de cet honorable Dr Jekyll qui se transforme en Mr Hyde la nuit, un double diabolique de lui-même, attiré par les forces du mal. La version que nous en offre Mattotti est littéralement extraordinaire. Son inspiration expressionniste nous livre les silhouettes torturées des personnages, sortes de masques grimaçants à la James Ensor, dans un univers cauchemardesque. Quelques scènes marquantes : les transformations de Jekyll en Hyde, les assassinats de femmes, les cauchemars de la fin… Une bande dessinée inoubliable.

AMBRE, TRAN Lionel, , BERGE Valérie

Une trop bruyante solitude

(6 pieds sous terre, 2002)

Depuis 35 ans, Hanta pilonne des livres et du vieux papier. A la fois il est inéluctablement lié à sa machine, et à la fois c'est une histoire d'amour avec cette machine. Mais une nouvelle machine plus performante apparaît, il est au chômage. Une seule issue possible : disparaître avec sa machine.

Le dessin noir et blanc très sombre est très oppressant, souvent flou, toujours évocateur : les extérieurs, la presse, les livres, les visages…

Dans cette bande dessinée la réalité ressemble à l'Enfer. Aucune clarté, aucune éclaircie qui pourrait redonner de l'espoir. Une noirceur inéluctable plombe toute l'histoire. Le scénario est original, le travail des dessinateurs magnifique, les plans très travaillés, les vignettes adaptées au récit. C'est un plaisir de réouvrir cette bande dessinée au hasard pour s'attarder sur une page, puis sur une autre.

Une très belle réalisation pour amateurs de BD noires (dont je suis…). Amateur de happy-end s'abstenir…

CAILLEAUX, Christian

Le troisième thé

(Treize étrange, 2002)

Pour aider ses amis libraire et antiquaire, Félix va en Afrique rencontrer quelqu'un qui aurait de belles pièces à vendre. Là-bas il se sent bien car il aime l'ambiance africaine, mais impossible de convaincre le vendeur. Pourtant, quand il revient quelque temps plus tard, tout a été vendu…

Un bon scénario, sans grande surprise toutefois, pour cette bande dessinée petit format, au dessin un peu naïf et aux couleurs brun et ocre comme l'Afrique.

SAMAMA, Aude

En série

(FRMK, 2002)

Une mère trop belle qui vit du commerce de son corps. Un jeune garçon subjugué par la beauté de sa mère. L'inceste, évoqué. Le même garçon, plus tard, devenu tueur en série de prostituées. On pense à Ellroy (dans le "Dahlia noir" il cherche le meurtrier d'une prostituée), à Mattotti (Dr Jekyll et Mr Hyde), à l'expressionnisme allemand, pour cette BD pleine de sensualité, de violence et de non-dits, superbement évoqués par le dessin. Par des traits noirs épais et des couleurs chaudes dans la première partie, par l'utilisation du noir et blanc dans la deuxième partie, le dessin, elliptique, évoque plus qu'il ne décrit.

Voilà une BD qui ne plaira sans doute pas aux amateurs de BD "classiques", mais son ton original et ses couleurs fortes transmettent bien la violence contenue dans son scénario.

BLAIN, Christophe

Isaac le Pirate (T.1, 2, 3)

(Dargaud-Poisson Pilote, 2002)

Elu Meilleur Album au festival d'Angoulême 2002, Isaac le Pirate nous entraîne dans une belle aventure maritime. Isaac est peintre, peintre de marine plus précisément, mais il a du mal à vivre de son art, et, quand on lui propose d'embarquer pour peindre des thèmes de marine, il accepte immédiatement, laissant là sa fiancée. Des aventures rocambolesques l'entraîneront avec des pirates en Amérique, dans les glaces du pôle, d'un pays à l'autre du monde.

Le dessin de Christophe Blain, souvent un peu caricatural, pourra surprendre les amateurs de "ligne claire", mais il suggère à merveille les mouvements et les émotions. Il faut dire que Blain est aussi bon scénariste que dessinateur et son histoire est un grand récit d'aventure classique sur la flibuste. Combien de suites va-t-il nous offrir ?....

 

BLAIN, Christophe

Le réducteur de vitesse

Dupuis

Georges est nommé timonier sur Le Belliqueux, un cuirassé qui doit prendre en chasse un sous-marin ennemi. La vie à bord est dure pour un jeune homme qui a le mal de mer ! Pour être moins malade, il accompagne deux de ses camarades en bas dans la salle des machines, sorte d’enfer fumant gigantesque. Là se trouve l’immense mais fragile réducteur de vitesse…

Une bande dessinée originale, réalisée par Blain (grand prix d’Angoulême 2002 pour « Isaac le pirate ») sur son thème favori : la mer.

GIROUD, FRank

Le Décalogue

Glénat

T.1 : Au départ, une idée originale : une histoire, dix volumes, un scénariste, dix dessinateurs. Le Décalogue est l’histoire des pérégrinations d’un mystérieux manuscrit. Dans ce premier tome, Simon, jeune journaliste rêvant de gloire littéraire, reçoit un manuscrit et ne peut s’empêcher de l’éditer sous son nom. Mais c’est le début de l’engrenage…

T.2 : Merwan, jeune musulman intégriste, aime Aline, danseuse. En voulant la suivre dans l’Orient-Express, il aperçoit l’écrivain Halid Riza sur lequel pèse une Fatwa. Mais celui-ci a dans sa valise le mystérieux manuscrit…

T. 3 : le météore : La Grèce sous la neige. Sept randonneurs essaient d'atteindre un couvent perché en haut d'un rocher dans le Météores. Leur but, y trouver Nahik, le mystérieux manuscrit. Mais, tels les petits nègres, ils sont tués les uns après les autres. Qui est cet assassin qui défigure ses victimes après son forfait ? Le dessin de Charles est moins lumineux que ceux de Béhé et De Vita, mais l'intrigue tient le lecteur en haleine.

T. 4 :: le serment. Par dépit amoureux, Davor Simak devient prêtre. Au Vatican, en 1946, il cache Viko, criminel de guerre. Celui-ci, pour le remercier, lui offre Nahik, le manuscrit. Mais le destin de ce livre est ailleurs. Il donne une autre vision de l'Islam qui doit apporter la paix entre les hommes.

Un contexte historique et politique intéressant pour le quatrième tome de cette série.

T.5 : Le vengeur. Berlin, 1922. Le jeune arménien Missak a vu sa famille massacrée par les turcs. Rescapé, il rejoint à Berlin une organisation qui assassine les responsables turcs en fuite. Il est en possession de Nahik, le manuscrit, et s'en sert pour "ferrer" le criminel Selim Gunneï. Mais pour l'approcher, il doit séduire la fille de Gunneï….

Amour, vengeance, trahison ; le malheur poursuit tous ceux qui sont en possession de Nahik…

T.6 : L'échange. Sur le bateau qui emmène les émigrants égyptiens en Amérique, deux femmes, de milieux sociaux très différents, accouchent en même temps. Un naufrage, quelques survivants…je vous laisse imaginer la suite… C'est "La vie est un long fleuve tranquille" revu et corrigé par Giroud… Et toujours ce manuscrit maudit comme fil conducteur.

T.7 : Les Conjurés. Paris, 1822. Hortense Fleury, dans le feu d'une émeute, tombe amoureuse du lieutenant Vitrac. Seuls obstacles à cette attirance mutuelle : un mari infirme et un enfant qu'elle ne veut pas blesser. Elle décide alors de se vouer corps et âme à la cause défendue par les Carbonari dont fait partie Vitrac. Et C'est pour leur venir en aide qu'elle propose l'édition d'un ouvrage hors du commun, Nahik….

T.8 : Nahik. 1813. Retour de la campagne de Russie. Ninon Fleury trouve refuge chez son frère, Hector, romancier fameux. Mais la nuit résonnent les cris à peine humains de l'ex-capitaine Nadal, frère d'Hector et de Ninon, enfermé dans sa folie. Toutes les nuits des cauchemars viennent troubler son repos et un nom revient sans cesse, Nahik….

 

PRATT, Hugo

La lagune des mystères

(Casterman)

 

De l'embouchure de l'Orénoque à la lagune de Venise, Hugo Pratt nous entraîne dans de nouvelles aventures avec Corto Maltese. Un anglais fou dans la Lagune des Beaux Songes, une incursion chez les Jivaros officiellement pour retrouver un enfant, une autre dans un monastère sur une île de Venise,…

Toujours de l'aventure mais aussi de la rêverie et de la poésie sous le crayon et le pinceau d'Hugo Pratt. Son utilisation très personnelle de l'aquarelle (ses fameuses couleurs ocres), et le trait sombre de la silhouette splendide de Corto, donnent à ses ouvrages une atmosphère particulière immédiatement reconnaissable.

 

SOKAL

Canardo : la nurse aux mains sanglantes

(Casterman)

Une nouvelle enquête de l'inspecteur Canardo. Cette fois Canardo part aux USA défendre une nurse française accusée d'avoir tué ses employeurs. Comme d'habitude, il suivra toutes les pistes et interrogera tous les témoins avec une apparente nonchalance pour en arriver à la conclusion. Une conclusion…mais je n'en dis pas plus.

Les personnages anthropomorphes de Sokal ont toujours autant de charme et son dessin aux couleurs légèrement sépia (sauf quelques rouges pétants) donne à l'atmosphère un délicieux air de "Bogart/Marlowe"

MYTHIC

WALTHERY F

Rubine : devoirs de vacances

(Le Lombard)

Rubine, jeune femme flic, va passer quelques jours de vacances chez ses parents. Mais il se passe de drôles de choses dans cette ville. C'est le procès d'un gros manufacturier de tabac, face à des veuves de fumeur. Or les jurés semblent tous terrorisés. Quels moyens de pression l'industriel a-t-il trouvés pour manipuler le procès ?

Une excellente série pour la jeunesse, mais qui peut être lue avec plaisir par les adultes. Le style graphique est classique ("ligne claire", école belge), mais l'héroïne moderne et les thèmes abordés très actuel

Bruno HEITZ

Au bout du canal

(Seuil)

Les trois frères Figoulon ne sortent jamais de chez eux, ou alors juste pour regarder passer les voitures. Hubert non plus ne quitte jamais sa Normandie. Aussi quand il prend le train pour la première fois, et que justement il y voit un Figoulon, il n'en croit pas ses yeux. Surtout que le Figoulon, il suit le curé du village !

Des histoires de familles et d'héritages, çà marche toujours, surtout quand le crayon de Bruno Heitz se fait noir mais pas trop, moqueur mais pas trop. Humour et suspense pour cette BD dans la très bonne collection "Roman graphique" du Seui

BARU

L'autoroute du soleil

(Casterman)

Une BD de 430 pages, ce n'est pas courant. Il faut dire qu'elle fait partie de la collection Manga de Casterman et que c'est à peu près la seule BD française de la collection. Elle vous accroche tout de suite et il n'est pas question de la lâcher avant la fin.

Karim a 22 ans, une belle gueule et une sale réputation. Il gagne des fortunes en jouant aux cartes, il vend de la drogue, mais aucune femme ne lui résiste, surtout pas celle de Raoul Faurissier, le leader d'extrême droite du coin.

Entre les magouilles politiques, la vengeance du mari, le transport de coke, les bagarres dans les banlieues et les vols de voitures, c'est une course folle qui s'engage entre Karim et ses poursuivants, façon road-movie.

Une BD a cent à l'heure, avec un dessin en noir et blanc efficace qui noircit les méchants et embellit Karim, et rend encore plus glauque l'environnement urbain et plus inquiétantes les aires d'autoroutes ! Une réussite

TANIGUCHI Jiro

L'homme qui marche

Casterman

Edité en 1995, ce livre est ressorti fin 2003 chez Casterman dans la même collection que "Quartier lointain". Ils ont en commun un graphisme dépouillé et une histoire basée sur un héros à la recherche de lui-même.

Ici le héros / narrateur essaie de retrouver, grâce à la promenade, des sensations oubliées de son enfance. Ciel étoilé, oiseaux, pluie sur le visage, sieste sous les arbres, bain nu. Pas de dialogues ou presque dans cette bande dessinée où le charme opère. On se sent bien, "zen", à sa lecture et on s'identifie sans problème à cet homme japonais en quête de retrouvailles avec la nature et avec lui-même.

 

TANIGUCHI, Tiro

L'orme du Caucase

(Castermann)

Nouveau

Cette bande dessinée est une adaptation de huit nouvelles de Utsumi, écrivain japonais contemporain. Ce n'est pas étonnant que Taniguchi ait choisi ces récits car leurs thèmes correspondent complètement à ses sujets favoris : la famille, l'enfance, le deuil, la contemplation, la nature, les relations familiales. Chaque nouvelle fait le portrait d'un personnage à un moment important de sa vie.

Par son dessin apaisant aux nuances subtiles et délicates, Taniguchi donne une épaisseur à ces personnages et magnifie encore ces très beaux récits. Ce livre est bien sûr à conseiller à toutes les personnes allergiques aux bandes dessinées et aux mangas... Ce sera une découverte pour elles…

 

TANIGUCHI Jiro

Quartier lointain, T.1 et 2

Casterman

 

Qui n'a jamais rêvé de retrouver son enfance en sachant ce qu'il sait en tant qu'adulte ? C'est ce qui arrive à Nakahara, 48 ans. Comme s'éveillant d'un rêve, il se retrouve à 14 ans. Quel plaisir de retrouver les sensations merveilleuses de l'adolescence, les amis, l'école, le sport, l'insouciance. Il en profite pleinement. Mais il est aussi plus sensible aux sentiments des autres ; sa mère, son père, peut-il mieux les comprendre ?

Un magnifique récit écrit à la première personne, très proustien, bien évoqué par un dessin noir et blanc, fin et sobre.

 

TANIGUCHI, Jiro

Le journal de mon père

T.1 : le grand incendie

(Casterman)

Le père de Mitchan vient de mourir. Alors qu'il est lui-même marié et père de famille, il prend conscience qu'il connaissait mal ses parents. A l'occasion de l'enterrement, il retourne dans sa ville natale. Les retrouvailles avec sa famille sont l'occasion d'une évocation de sa petite enfance, période heureuse avant le grand incendie et le divorce de ses parents.

Un dessin noir et blanc très sobre accompagne le texte tout en donnant vie à des personnages auxquels on s'attache rapidement.

C'est le premier volet d'une trilogie intitulée "Le journal de mon père".

 

TANIGUCHI, Jiro

Le journal de mon père

T.2 : la séparation

(Casterman)

Deuxième volet de la trilogie "Le journal de mon père". L'évocation de la jeunesse de Mitchan se poursuit. Alors que son père travaille avec acharnement après le grand incendie, sa mère se détache peu à peu de lui. Lorsqu'elle le quitte pour suivre un autre homme, Mitchan ne comprend rien à ce qui arrive ! Il attend que sa mère revienne et en veut à son père de ne pas avoir su garder sa femme.

Le sentiment de solitude et d'injustice s'exprime avec subtilité grâce au texte dépouillé et au graphisme délicat de Taniguchi.

TANIGUCHI, Jiro

Le journal de mon père

T.3 : l'apaisement

(Casterman)

Dans ce dernier volet de la trilogie "Le journal de mon père", le narrateur raconte comment il en est arrivé à quitter sa famille pour aller étudier et s'installer définitivement à Tokyo. La grande ville lui permet d'échapper aux liens familiaux et au dialogue avec son père. Ce n'est qu'au cours de la veillée funèbre et de l'enterrement qu'il prend enfin conscience de la véritable personnalité de son père qui l'a toujours soutenu et qui s'est toujours inquiété pour lui.

Une trilogie très émouvante en harmonie avec le délicat graphisme noir et blanc.