ROMANS POLICIERS

 

OPPEL, Jean-Hugues

Halte au feu

Syros

Dans une banlieue un peu chaude, quelques jeunes organisent un concours très particulier : il s'agit de battre le record de vitesse, avec une Mercedes volée, dans une ligne droite, juste devant le radar. Manque de chance, cette nuit-là c'est un barrage de policiers qui les attend. Freinage, dérapage incontrôlé, et c'est le drame. Un policier tué, deux autres blessés, le conducteur de la voiture dans le coma à l'hôpital. Seul le passager de la Mercedes peut dire ce qu'il s'est exactement passé. Bavure des policiers ou provocation des jeunes ? Le flic des "bœufs-carottes" qui est là va essayer de faire ressortir la vérité…

Jean-Hugues Oppel n'a pas son pareil pour ce genre de polar, très noir, qui dénonce les abus de la police. Cet excellent petit roman est édité dans une collection pour "ados" mais ne déparerait pas en série noire.

 

 

GRAFTON, Sue

Q comme querelle

Seuil

Parmi les auteurs de polars américains, Sue Grafton est une de celles que je préfère, aux côtés de Michael Connelly et de Lawrence Block. Comme ceux-ci, elle a réussi à créer un personnage de détective récurrent très attachant, un "private eyes" comme on les appelle. Et elle réussit à soutenir l'intérêt sur la durée puisque son "alphabet" en est maintenant à la lettre Q.

Kinsey Milhone est détective privée, elle a maintenant environ 35 ans, célibataire et plutôt solitaire (vous n'imaginez pas un ou une privée marié(e) avec quatre enfants, n'est-ce pas ?…). Le déroulement de ses enquêtes est le "police procedural" type, c'est-à-dire que pour son enquête elle suit scrupuleusement la "procédure policière" chère à Connelly et à McBain. Ses enquêtes ont rarement à voir avec les affaires financières ou politiques, ce sont plutôt des histoires de vengeance qui ressortent, parfois longtemps après les faits.

Ici c'est à partir d'une histoire vraie que Sue Grafton a bâti son histoire. Une jeune fille a été trouvée morte assassinée dans une carrière abandonnée et n'a jamais été identifiée. Vingt ans après, l'affaire ressort. Il faut de nouveau interroger les témoins, fouiller dans le passé de la victime, etc. Et les conclusions sont toujours surprenantes et rarement optimistes sur la nature humaine !

 

LENORMAND, Frederic
Le château du lac Tchou-An : Les nouvelles enquêtes du juge Ti
Fayard

 

Van Gulik nous avait fait découvrir, il y a une vingtaine d'années, le juge Ti, véritable magistrat ayant vécu au 7e siècle en Chine. Frederic Lenormand reprend ce personnage dans une nouvelle série qui, elle aussi, fait revivre ce personnage et la Chine de cette époque.

Le juge Ti, en route pour Pou-Yang, doit s'arrêter pour cause d'inondation dans une petite ville au bord du fleuve. L'auberge où il loge est vraiment inconfortable et il se fait inviter dans un château confortable près d'un lac. Mais une série de morts intrigue le magistrat, d'autant plus que le comportement de ses hôtes est parfois étrange.

L'intrigue, classique, est bien menée et on s'attache vite à ce juge à l'intelligence brillante et à l'humour décalé.

LEHANE, Dennis

Shutter Island

Rivages

 

Teddy Daniels, Marschal, et son coéquipier, Chuck Ayle, débarquent sur "Shutter Island", une île au large de Boston. Sur cette île, un hôpital psychiatrique pour "fous dangereux" dirigé par le docteur Cawley. Celui-ci a fait venir les deux inspecteurs car une de leurs patientes, Rachel Solando, s'est échappée. Elle est schizophrène, a tué ses trois enfants et est persuadée qu'ils sont encore vivants. Dehors la tempête fait rage et toutes les communications sont coupées. Une patiente disparue, une série de codes secrets qui apparaissent çà et là, un patient introuvable... Ted a vraiment du mal à mener une enquête cohérente dans ce huis-clos inquiétant.

Dennis Lehane sait parfaitement faire monter le suspense par l'atmosphère des lieux, la situation isolée de l'île et le contexte psychologique, et on ne quitte pas le livre à partir de la dernière partie !

Contrairement aux procédés habituels utilisés dans les thrillers, l'auteur n'alterne pas les différents points de vue, et ne joue pas sur ce que le lecteur sait que le héros ne sait pas. Ici tout est vu par les yeux de Ted, c'est lui qui raconte l'histoire, on le suit pas à pas et on voit la même chose que lui. C'est d'ailleurs ce qui fait toute la force de la chute qui est vraiment excellente !

HE Jiahong

L'énigme de la pierre Oeil-de-Dragon

L'Aube

Shi charge Maître Hong, avocat pékinois, d'enquêter sur les circonstances mystérieuses de la mort de son père. Il semble que la pierre Œil de Dragon, que son père avait trouvée quelque temps avant sa mort, ait des effets à la fois bénéfiques et maléfiques sur ses propriétaires.

Ce roman n'a pas la construction haletante d'un roman policier traditionnel. Le côté fantastique, avec l'histoire de cette pierre, se mêle à l'évocation (courante dans beaucoup de romans chinois contemporains) des camps de rééducation pour intellectuels.

Intéressant donc, sans plus, mais l'année de la Chine nous permet de lire de nombreux romans chinois, bons ou moins bons...

 

CONNELLY, Michael

Los Angeles river

Seuil

Avec ce récit, Connelly fait se rencontrer deux de ses héros. Harry Bosch, l'ancien du Viêt-Nam devenu policier, puis détective privé. Et le Poète, ancien policier devenu serial killer. Des corps ensevelis sont retrouvés et identifiés comme étant l'œuvre du Poète, mais ces signes sont trop évidents pour être fortuits. Le tueur veut visiblement jouer une partie de poker avec ses anciens collègues et il est sûr d'être le plus fort. Harry Bosch mènera comme d'habitude une enquête pas tout à fait dans les normes pour faire éclater la vérité.

Ce polar est, comme d'habitude chez Connelly, très bien fait et on retrouve avec plaisir le personnage de Harry Bosch. Personnellement je suis un peu allergique aux histoires de "serial killers" donc j'ai quitté ce roman avec moins de regrets que d'habitude…

 

CONNELLY, Michael

Lumière morte

Seuil

Dans ce nouveau roman de Connelly, nous retrouvons Harry Bosch, ex-policier au service des Homicides de Los Angeles et maintenant en retraite. Une des affaires dont il s'est occupé et qui n'a jamais été élucidée, l'obsède toujours. Une jeune femme, membre d'une équipe de production cinématographique, a été assassinée quelques jours avant qu'une très grosse somme d'argent soit volée sur un plateau de tournage. Ni l'assassin ni le voleur n'ont été retrouvés. Un de ses anciens collègues, condamné à vivre sur un fauteuil roulant après une fusillade en service, s'était occupé de l'affaire et lui donne quelques indices. Mais visiblement Harry Bosch marche sur les plates-bandes de beaucoup de personnes et le FBI lui ordonne d'arrêter cette enquête. Privé de son insigne, il a du mal à se faire ouvrir toutes les portes, mais bien sûr il ne renoncera pas avant de trouver la vérité, comme tout bon privé qu'il est devenu.

C'est vrai qu'il faut lire les récits avec Harry Bosch dans l'ordre chronologique. En effet son personnage est très fouillé et s'étoffe de plus en plus au fur et à mesure des enquêtes. Ancien du Viet-Nam, il est resté très marqué par cette expérience et ce personnage de justicier qu'il se construit est une quête sans fin pour venger à jamais les victimes des homicides actuels, mais aussi et surtout ceux de cette guerre horrible.

Le ton adopté par Connelly, maintenant que son héros est un privé, est en effet de plus en plus proche de celui de son maître, Chandler, et le regard qu'il porte sur la société américaine est loin du "politically correct" habituel dans ce genre de roman.

Bref je suis une inconditionnelle de Connelly, et surtout de Harry Bosch que j'imagine (allez savoir pourquoi...) sous les traits de quelqu'un ressemblant assez à Humphrey Bogart...

CONNELLY, Michael

Wonderland Avenue

(Seuil)

Un chien qui ramène un os, jusque là rien d'anormal, si ce n'est que ces os s'avèrent être ceux d'un enfant d'une dizaine d'années, enfouis là depuis vingt ans. La police de Los Angeles, poussée par les médias, conclue un peu vite à la culpabilité d'un voisin, incarcéré pour pédophilie il y a longtemps.

Mais Harry Bosch, inspecteur, est un pur, et, davantage qu'un coupable, c'est la vérité qu'il traque, et celle-ci est enfouie profondément dans le passé de la victime et de sa famille.

Un roman noir très fort comme tous ceux de Connelly, un des meilleurs auteurs actuels de polars.

 

 

 

DAENINCKX, Didier

Les figurants

Librio

Valère a commencé à s'intéresser au cinéma par hasard, en sympathisant avec un directeur de salle de quartier. Quand celui-ci deviendra projectionniste nomade au hasard des festivals, Valère le suivra et deviendra imbattable sur les vieux films méconnus, leur histoire, les acteurs… Aussi, quand ils découvrent tous deux à Lille une bobine d'un film en noir et blanc, visiblement tourné dans la région, et relatant des tortures plus vraies que nature, ils chercheront à en savoir plus.

Comme d'habitude chez Daeninckx, le présent fait rejaillir un passé que tout le monde aurait préféré oublier, un "passé qui ne passe pas".

 

DAENINCKX, Didier

Ethique en toc

Baleine

Rappelez-vous l'incendie de la bibliothèque de Lyon il y a trois ou quatre ans. Cette tragédie sert de trame à ce polar. Gabriel Lecouveur (Le Poulpe) part là-bas enquêter sur le suicide de son ami Pierre Floric et sur la mort de Léa, ex-petite amie de Pierre, trouvée morte dans les décombres de la bibliothèque. Mais c'est aussi de Lyon qu'est partie la polémique sur le négationnisme, et c'est à Caluire, dans la maison où Jean Moulin a été arrêté, que Pierre Floric s'est donné la mort. Comme souvent chez Daeninckx, c'est le passé, un passé douloureux, qui expliquera les crimes du présent.

 

DAENINCKX, Didier

La route du rom

Baleine

Daeninckx signe là son troisième Poulpe. Toujours à l'écoute de la société et de ses problèmes sociaux, il axe cette fois son propos sur les "roms", les tsiganes, dont les campements sont refoulés de ville en ville puisque les maires ne se décident pas à appliquer la loi qui les obligent à mettre des terrains à disposition des gens du voyage.

Gabriel Lecouvreur (Le Poulpe), a rencontré les membres de la tribu Cuevas il y a quelques années, et quand il apprend que le jeune Jesus et que le vieil Antonio viennent de mourir, il part retrouver le reste de la famille pour essayer de comprendre la raison de ces morts. Pour Antonio, c'est l'âge, mais pour Jesus, c'est autre chose. Il faudra retrouver les archives datant de la seconde guerre et relatant les persécutions des roms pour comprendre son geste...

DAENINCKX, Didier

12, rue Meckert

(Série noire, Gallimard)

Maxime Lisbonne, journaliste spécialisé dans les faits divers, se lance dans une enquête sur la mort de plusieurs jeunes filles pensionnaires d'un centre pour adolescents handicapés. Comme souvent chez Daeninckx, l'enquête renvoie à un passé douteux et à des magouilles politiques ! Un bon polar.

  

LEVISON, Iain

Un petit boulot

Liana Levi

Dans la ville où habite Jake, tout est sinistré. L'usine est fermée, tout le monde est au chômage, il n'y a aucun espoir en vue et la population s'enfonce lentement mais sûrement dans la misère. Jusqu'au jour où Ken, bookmaker mafieux, propose beaucoup d'argent à Jake pour qu'il assassine sa femme. Bon, ça ne lui plaît pas trop, mais, ma fois, comme c'est la seule solution pour s'en sortir un peu, il accepte. Et même un deuxième puis un troisième meurtre… Il en prendrait presque l'habitude !

La quatrième de couverture cite le New York Times qui annonce ce roman comme "rafraîchissant, hilarant et totalement actuel". Totalement actuel, oui hélas. Hilarant, ce n'est pas le terme ! Même s'il y a chez cet ancien ouvrier une jubilation à devenir un tueur et un manque total de morale qui donnent forcément une distance à ses actes et de l'humour au roman, je dirais que le côté "Ken Loach" de la situation est bien présent et rend cet humour bien noir et bien grinçant et pas vraiment "hilarant".

 

DELTEIL, Gérard

Retraite anticipée

Fleuve noir, 2003

Lorsqu'un incendie se déclare dans la luxueuse maison de retraite médicalisée des Cèdres Bleus, et qu'un ancien pensionnaire de cette maison fait une fugue au même moment, on conclut aussitôt à un incendie criminel motivé par une vengeance. Mais trop de points restent à éclaircir, et le journaliste Raoul Waldberg voudra en savoir plus. Il se heurte à deux obstacles : d'une part le puissant groupe financier majoritaire dans cette maison de retraite l'est aussi dans son journal. D'autre part les notables de la région profitent largement des retombées de la maison de retraite.

Gérard Delteil a publié plusieurs documents consacrés à des scandales. Celui-ci, sous la forme d'un polar, repose sur une enquête précise menée sur le terrain, et dévoile une réalité que l'on soupçonnait déjà, c'est-à-dire l'assimilation, par des affairistes, des personnes âgées à de simples objets de marketing..

IZNER, Claude

Mystère rue des Saints Pères

(10/18, 2003)

1889. C'est l'Exposition Universelle à Paris et l'inauguration de la Tour Eiffel. Tout se passe bien, la foule vient nombreuse voir les stands exotiques et la construction métallique quand, tout à coup, plusieurs visiteurs meurent subitement, comme piqués par des abeilles. Victor, photographe et libraire bibliophile rue des Saints-Pères, est intrigué par ces coïncidences et mène son enquête….

L'intrigue est classique mais l'époque bien rendue, le ton alerte et l'atmosphère parisienne bien vivante (l'arrivée des techniques modernes, les impressionnistes, la mode…). Un bel hommage à Léo Malet et à ses "Nouveaux mystères de Paris".

BLOCK, Lawrence

Le voelur qui aimait Mondrian

(Série noire, Gallimard)

Bernie Rodenbarr, libraire de livres d'occasion, et Arsène Lupin à ses heures perdues, est accusé du meurtre d'un collectionneur et du vol d'un tableau de Mondrian. Parallèlement il doit justement voler un tableau de Mondrian pour payer la caution du chat qui a été volé à son amie Carolyn. Il sera sans doute nécessaire de faire faire un faux Mondrian pour remplacer le vrai. Mais lui-même n'est-il pas un faux ? Histoire rocambolesque et pleine d'humour comme tous les romans de Lawrence Block avec ce héros.

 

POUY, Jean-Bernard

H4Blues

Gallimard, Série noire, 2003

Jean-Bernard Pouy est surtout connu comme "papa-poulpe", mais n'oublions pas ses très bons romans tels que "La belle de Fontenay", "RN86" ou "1280 âmes". Lui son truc c'est le "polar social", c'est-à-dire la trame policière comme prétexte à décrire un morceau de société, une société plutôt malade et qui aurait bien besoin qu'on lui injecte un peu d'euphorisant !

Dans "H4Blues", son héros est un post-soixante-huitard unijambiste (oui, d'accord çà rappelle le post-soixante-huitard muet, ou sourd…, de "La belle de Fontenay") qui, au moment où il se retrouve au chômage / pré-retraite, et seul pour cause de femme partie deux mois au Canada, apprend qu'un de ses camarades de promotion d'Henri IV est mort dans des circonstances étranges. Comme il a le temps, il enquête et découvre que, comme souvent, la vengeance est un plat qui se mange froid…

Humour et cynisme sont, comme d'habitude chez Pouy, au rendez-vous..

NESBO, Jo

L'homme chauve-souris

Gaïa, 2003

Harry Hole, policier norvégien, part en Australie où une de ses compatriotes, Inge Holter, a été assassinée. L'enquête est difficile, les témoins peu nombreux, mais Harry est accompagné par Andrew, policier australien aborigène. Andrew connaît bien l'environnement de la victime, les lieux qu'elle fréquentait, ses relations avec les dealers locaux. Parmi eux, Otto, un clown homosexuel qui fait un numéro d'illusionniste avec une guillotine. Mais Harry a du mal à démêler les fils de cette enquête. Andrew ne joue-t-il pas un double rôle ? Et Otto, quel rôle tient-il ?

Bien que l'histoire soit riche en péripéties et en rebondissements, elle souffre d'une certaine opacité. Ceci est dû, à mon avis, aux buts contradictoires de l'auteur qui a voulu faire à la fois du roman noir avec un serial killer, façon Ellroy, et du polar ethnologique avec l'importance donnée aux Aborigènes, façon Upfield. Qui trop embrasse...

 

 

QIU, Xiaolong

Encres de Chine

Liana Levi

 

Dans ce troisième roman, Qiu Xiaolong nous emmène une fois de plus dans le Shangaï actuel sorte de mélange détonant de tradition millénaire et de modernité. Ca fait un peu cliché de le dire comme çà, mais c'est vraiment ce qui ressort de cette ville. Que l'on en juge : une femme a été assassinée et la clé de l'énigme est probablement dans l'histoire d'amour qu'elle a vécue avec un écrivain dans un camp de rééducation pour intellectuels il y plus de trente ans. Et, parallèlement, Chen, l'inspecteur, se voit confier par un promoteur une traduction du chinois vers l'anglais, pour un gigantesque projet de réaménagement d'un quartier de la ville ! C'est pour le moins anachronique !

Ce qui est très intéressant, c'est de voir l'évolution inéluctable du mode de vie. Chen a beau être un fonctionnaire intègre, en acceptant cette traduction (qui lui rapporte autant que plusieurs mois de salaires), il met la main dans l'engrenage peut-être pas de la corruption, mais au moins du renvoi d'ascenseur. Il s'en rend compte mais il ne peut pas reculer. Comment refuser un chauffage, un chauffe-eau, des avantages en nature ? Mais comment ne pas appuyer ensuite le promoteur dans sa demande de parking ? C'est toute la question des limites que l'on doit se fixer dans la nouvelle donne en Chine (la situation doit être semblable en Russie).

Ah oui, je n'ai pas précisé que c'est un roman policier ! Je l'avais presque oublié ! Mais je l'ai lu d'une traite, c'est bon signe !

QIU, Xiaolong

Mort d'une héroïne rouge

Liana Levi

 

Le cadavre d'une jeune femme est retrouvé dans un canal à proximité de Shangaï. C'est celui de Hongying, Travailleuse Modèle de la Nation, irréprochable dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée. L'inspecteur Chen, policier érudit, poète et gourmet, est chargé de l'enquête avec son adjoint Yu.

Comme dans son second roman "Visa pour Shangaï", Xiaolong nous offre, via l'intrigue policière, une véritable plongée dans la vie chinoise des années 90. L'occidentalisation rapide de la vie urbaine doit cohabiter avec des siècles de tradition, et c'est un véritable documentaire plein de vie sur cette évolution que nous découvrons dans ces excellents polars.

QIU Xiaolong

Visa pour Shangai

(Liana Levi, 2003)

 

 

Tôt le matin, l'inspecteur Chen découvre un cadavre dans le grand parc de Shanghai. Il s'apprête à commencer son enquête quand il est appelé pour une mission plus "diplomatique". Une inspectrice de Washington vient à Shanghai chercher la femme d'un passeur et Chen, qui parle anglais, doit lui servir de guide. Mais la femme du passeur a disparu. Enfuie, enlevée ? Chen et sa collègue vont chercher à la retrouver, croisant ainsi les routes des Triades chinoises, sortes de clans mafieux locaux.

A côté de l'enquête, bien menée mais somme toute assez classique, l'intérêt du roman vient surtout du regard porté par Qiu sur la Chine contemporaine. Lui-même est le fils d'un intellectuel persécuté par les révolutionnaires et il a dû faire preuve de ténacité pour faire des études, traduire T. S. Eliot et être professeur de chinois aux Etats-Unis.

Son inspecteur Chen lui ressemble comme un frère. Comme lui, il assiste à la cohabitation entre la Chine traditionnelle et l'ouverture au monde occidental et la présence d'une américaine dans ce roman montrent précisément les points de vue différents que l'on peut avoir devant ces mutations.

Qiu avait écrit précédemment "Mort d'une héroïne rouge".

 

WINTER, Douglas E.

La course de Burdon Lane

Gallimard, La Noire, 2003)

 

Burdon Lane est un homme de main pour le compte d’une société écran se livrant au trafic d’armes. Les choses tournent mal pendant un échange d’armes à New York entre deux bandes rivales, et une fusillade éclate. Un révérend pacifiste est assassiné, Lane est blessé et parvient à s’enfuir avec l’un des chefs de gang. Ils réalisent alors peu à peu qu’ils ont été victimes d’un traquenard destiné à faire accuser les gangs du meurtre du révérend.

Un style très direct et une narration à la première personne font de ce polar noir américain un livre fort et palpitant. La description du milieu de la drogue, des armes et des gangs est sans concession. La noirceur, la violence et le milieu très masculin en font à mon avis un roman plutôt pour amateurs de James Crumley, Donald Goines, Harry Crews et autres auteurs de la collection La Noire de Gallimard.

VILAR, Jean-François

C'est toujours les autres qui meurent

(Actes Sud)

Jean-François Vilar est quelqu'un à part dans le roman policier français. En effet ses livres oscillent entre poésie, art, histoire, humour décalé et intrigue policière. Dans celui-ci on peut dire que c'est Marcel Duchamp le héros ! Une femme est retrouvée morte dans un passage couvert de Paris, entourée d'une mise en scène qui rappelle "Etant données", la dernière œuvre de Duchamp. Victor Blainville, journaliste ex-soixante-huitard-trotskiste, doit couvrir à la fois les événements politiques (on est en juin 1981) et ce meurtre ; Malgré lui il sera entraîné sur les pas de Duchamp et à l'intérieur même de son œuvre dans tout Paris.

Vilar renouvelle ainsi, après Léo Malet, le regard du polar français sur la capitale dans des polars d'ambiance très originaux.

BOUIN, Dominique

L'inconnue de l'écluse

(Editions du Masque, 2002)

Anciennement publié aux éditions Viviane Hamy (ce qui attire immanquablement ma sympathie…), Philippe Bouin s'est fait connaître par deux séries policières, Dieudonné Danglet, série historique, et les enquêtes de sœur Blandine. Ces dernières mettent en scène un petit groupe de personnages sympathiques, dont une religieuse (ex-officier de police judiciaire), aux prises avec des crimes dans la région Bourgogne-Beaujolais. Cette fois, comme le titre l'indique, une mystérieuse inconnue est trouvée morte à côté de l'écluse.

Des atmosphères provinciales à la Simenon, des histoires ancrées dans le terroir, des personnages truculents, voilà des petits romans policiers agréables à lire.

MEYER, Deon

Les soldats de l'aube

(Seuil, 2002)

 

Robert Pépin, directeur de la collection "Policiers" au Seuil a le chic pour découvrir de bons auteurs de polars. Pour mémoire, Michael Connelly (dont il est le traducteur), Lawrence Block, Henning Mankell, Sue Grafton… Cette fois c’est un écrivain d’Afrique du Sud (Afrikaner), Deon Meyer, dont il est aussi traducteur, qu’il nous propose.

Ven Heerden, ancien policier devenu détective privé, est appelé par un cabinet d’avocat. Il doit retrouver un testament pour une cliente dont le mari s’est fait assassiner plusieurs mois auparavant. L’enquête sera difficile et devra faire resurgir des événements vieux de quinze ans. Parallèlement au récit de l’enquête, nous découvrons la vie de Van Heerden, qui acquiert peu à peu de l’épaisseur psychologique.

Voilà un excellent polar bien noir, dans la veine de ceux de Connelly. La société y est décrite sans complaisance, les crimes relatés n’étant que la conséquence de la déliquescence des dirigeants d’Afrique du Sud avant l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela. Bien que l’apartheid ne soit pas le sujet du livre, il est omniprésent par les rapports de pouvoir qu’il a instaurés dans le pays jusqu’à ces dernières années.

Le personnage même de Van Heerden qui apparaît comme un solitaire, plutôt blindé dans sa carapace de détective privé, est quelqu’un qui a eu d’autres désirs, d’autres ambitions, et que l’état de la société a définitivement ( ?) déçu et rendu lucide.

C’est le deuxième roman de Deon Meyer (le premier, "Jusqu’au dernier", vient de paraître en poche), gageons que ce n’est pas la dernière fois que l’on en parle !

BENSON, Stéphanie

Nucléaire chaos

(Seuil Policier, 2002)

Dans une usine de retraitement des déchets radioactifs à Zeebrugge, une jeune femme est assassinée pour en avoir trop entendu. Mais qu'a-t-elle entendu exactement ?

Le problème dépassant les compétences de la police locale, l'enquête est confiée à EPICUR, l'unité d'élite et secrète de la police européenne.

C'est le quatrième volume consacré par Stéphanie Benson à EPICUR dans des romans relevant plus de l'espionnage que du policier. C'est bien mené, on suit pas à pas le déroulement de l'enquête, ça mériterait presque d'être plus long, 200 pages pour déjouer un complot mettant en danger la terre entière, c'est peu…

VALLORANI, Nicoletta

Coeur métis

(Gallimard, Série noire, 2002)

Au premier abord on est surpris. Le roman commence par la chute et on est un peu assommé par le nombre de personnages et par leurs caractéristiques loufoques !

Mais bientôt l'intrigue prend place, une sombre histoire de personnes qui meurent après être passées dans la même clinique.

Mais le livre vaut surtout par la pléiade de personnages, tous plus fantaisistes les uns que les autres ! Cela rappelle la tribu Malaussène en plus "latin" !

Bref un bon polar italien plein de fantaisie.

VILLARD, Marc

Rebelles de la nuit

(Gallimard, Série noire, 2002)

Un éducateur de rue de nos jours à Barbès. Chargé de retrouver un mineur parti de chez lui, il voit celui-ci se faire tuer devant ses yeux. Révolté par cet assassinat que la police traite de règlement de compte et néglige, il va jouer les vengeurs et retrouver les coupables.

Voilà un excellent polar dans la même lignée que Jean-Bernard Pouy, Jean-Hugues Oppel, etc. C'est le réalisme social qui prime, l'intrigue ne servant que de prétexte à décrire une situation à un moment donné. Et cette situation est plutôt difficile dans ce quartier de Paris !

En tout cas c'est un livre qui donne envie de lire autre chose de cet auteur.

HART, Carolyn

La libraire mène l'enquête

(Liana Levi,)

Les éditions Liana Levi nous proposent toujours de sympathiques romans policiers dans leur collection "A corps et à crime", de factures plutôt classiques, mais toujours bien troussés. Ceux de Carolyn Hart sont bien dans la même veine. Son héroïne, Annie Laurance, tient une librairie spécialisée en romans policiers. Aussi, dès qu'elle se trouve mêlée à une histoire louche, elle ne peut s'empêcher de jouer les détectives amateurs et de tester ses talents d'enquêteuse. Ici, c'est son amie et employée, Ingrid, qui l'appelle au secours en pleine nuit. Quand Annie arrive, Ingrid a disparu et il y a un homme poignardé sur son tapis de salon ! Tout accuse Ingrid. Comment la retrouver et l'innocenter ?

L'intrigue, bien que classique, est bien menée. Toutefois les références érudites constantes faites par l'héroïne aux auteurs et aux héros de romans policiers sont amusantes au début mais un peu lassantes ensuite...

 

VARGAS, Fred

Sous les vents d e Neptune

Viviane Hamy

Cette fois le commissaire Adamsberg est confronté à un ennemi personnel, celui-là même qui a fait injustement accuser de meurtre son frère trente ans plus tôt. Sa marque : les trois trous d'un trident. Ses victimes : des jeunes filles. De plus, un séjour au Québec sera l'occasion pour Adamsberg de passer du statut d'enquêteur à celui de suspect.

Malgré le concert de louanges face au dernier Vargas, je dois dire que, comme Barbara, je suis très déçue. Où sont passées la poésie, la fantaisie et l'inventivité de ses derniers romans ? Nous avons ici affaire à une enquête classique sur un serial killer et, n'était ce voyage au Québec qui permet de savoureux développements sur la langue, on reconnaîtrait à peine la marque de Fred Vargas. Un conseil : lisez les romans précédents.

VARGAS, Fred

Coule la Seine

(Viviane Hamy, 2002)

Chouette, un nouveau Fred Vargas ! (bien que ce ne soit pas un inédit, mais un recueil de trois nouvelles parues dans la presse). Toujours la même ambiance si particulière. L'histoire, les personnages, le style, tout est légèrement décalé. Un commissaire rêveur, un détenu ornithologue qui aide la police, un clochard trop poète pour être malhonnête !

On retrouve avec plaisir Adamsberg et Danglard au cœur de Paris dans une atmosphère à la Amélie Poulain !

 

KOIKE Mariko

Le Chat dans le cercueil

(Picquier poche, 2002)

J'ai d'abord cru que l'éditeur s'était trompé en notant "roman policier" en sous-titre. En effet, jusqu'au deux tiers du livre, pas trace de crime ! L'ambiance est feutrée, intimiste. Une jeune fille vient habiter chez un peintre, elle s'occupe de Momoko, sa fille de huit ans (il est veuf) et il lui donne des cours de peinture. Leur mode de vie japonais est un peu troublé par le peintre qui cherche de plus en plus à adopter un mode de vie occidental. Le drame vient de Lala, une belle chatte aux longs poils blancs, à laquelle Momoko s'est maladivement attachée depuis la mort de sa mère…..

Amateur de thriller s'abstenir pour ce surprenant et délicat roman policier japonais.

FOSSUM, Karin

Ne te retourne pas

(Odin)

Avec Anne Holt, Karin Fossum est l'autre auteur phare de la collection Enigme des éditions Odin, spécialisés en littérature norvégienne. Contrairement à Anne Holt qui décrit le mécanisme du système judiciaire dans un commissariat d'Oslo, Karin Fossum nous entraîne dans une petite ville de Norvège. Là, les deux inspecteurs doivent bien sûr résoudre une affaire de meurtre (ici, une adolescente trouvée morte près de l'étang), mais surtout ils doivent interroger ceux qui côtoyaient la jeune fille, c'est-à-dire les habitants du quartier qui se connaissent et ont noué des liens entre eux depuis plusieurs années.

Un bon polar psychologique donc, avec un suspense bien mené.

 

DARS, Sarah

La morte du Bombay Express

(Picquier poche)

Dans le Bombay Express, une jeune femme est retrouvée brûlée vive dans son compartiment. Meurtre ou suicide ? Doc, le brahmane médecin et détective à l'occasion, est dans le train et ne peut s'empêcher d'enquêter.

L'intrigue est classique, mais, comme dans les autres "Enquêtes du brahmane Doc", la vie en Inde est particulièrement bien évoquée et c'est un plaisir de se plonger dans ces jolis petits livres.

 

HOLT, Anne

La mort du démon

Odin

 

Quand la directrice du foyer d'accueil est assassinée, on pense tout de suite que c'est Olav qui l'a tuée. A douze ans, il est fort comme un adulte et il s'était violemment disputé avec elle le soir même. Hanne Wilhelmsen, inspectrice au commissariat d'Oslo, sera chargée de l'enquête.

Troisième roman d'Anne Holt, elle-même inspectrice, avocate et ensuite ministre de la Justice, "La mort du démon" est pour moi le moins réussi de tous. Bien qu'il soit bien mené, il est presque toujours en huis-clos dans ce foyer, et justement c'était l'extérieur qui m'intéressait dans les autres ! La Norvège y était montrée sous son jour le moins médiatique. La violence, l'alcoolisme, le chômage y apparaissaient crûment et enrichissaient l'aspect purement policier présent dans ce dernier roman.

HOLT, Anne

La déesse aveugle

(Seuil)

Les auteurs nordiques nous proposent décidément des romans policiers intéressants depuis quelques années. Skagen, Staalesen, Mankell , et Anne Holt, avocate, ex-ministre de la Justice de Norvège.

Les romans d'Anne Holt font partie des "police procedural" (romans de procédure policière) chers à McBain et Connelly. Des affaires délicates atterrissent au Commissariat central d'Oslo, et nous suivons pas à pas l'enquête de Hanna, inspecteur, et de Häkon, procureur (non, ils ne tombent pas amoureux l'un de l'autre car Hanna est homosexuelle…)

Argent, drogue, politique : un cocktail classique mais toujours efficace pour ce polar riche en suspense et en analyse psychologique.

HOLT, Anne

Bienheureux ceux qui ont soif

(Odin)

Oslo au mois de juin. Une chaleur humide a envahi la ville et réveillé les pulsions des psychopathes. Une vague de viols s'est déclarée qui s'ajoute aux mises en scène macabres découvertes chaque samedi. L'enquête est menée par l'inspectrice Hanne Wilhelmsen du Commissariat principal d'Oslo, jeune femme chaleureuse, homosexuelle et motarde.

Beaucoup de suspense dans ce roman policier et surtout une originalité, la mise en cause du fonctionnement du système judiciaire norvégien.

TAIBO II, Paco Ignatio

Pas de fin heureuse

(Rivages / Noir)

Hector Belascoaran Shayne est un détective anarchiste et borgne. D'habitude c'est lui qui court après les affaires, mais là ce sont les morts qui se mettent sur son chemin ! Chez lui, un romain assassiné ! Dehors un équilibriste tué, un capitaine mort, des tueurs tués ! Mais tout cela baigne dans une atmosphère un peu onirique, Hector a des amis originaux qui feraient n'importe quoi pour lui, et Mexico est une toile de fond idéale pour cette histoire excentrique.

QUINT, Michel

A l'encre rouge

(Rivages)

Un jour, Adrien, éclusier dans le Nord, reçoit une carte postale de sa femme, partie sans laisser d'adresse il y a cinq ans. L'encre rouge, le rond sur les i, c'est bien son écriture. Mais il n'y a pas d'adresse, juste le timbre de la poste provenant d'une petite station thermale du Midi. Tout le monde la connaissait, Christine, mais personne ne sait où elle est. D'ailleurs personne ne s'en préoccupe jusqu'au jour où commencent les meurtres…

Amours, jalousies, rancunes, vengeances, un cocktail classique pour un roman noir bien ficelé par l'auteur d'"Effroyables jardins".

WINCKLER, Martin

Mort in vitro

(Fleuve noir, 2003)

Comme dans "Touche pas à mes deux seins" (Le Poulpe), Martin Winckler nous propose un polar dans le monde de la médecine, sujet qu'il connaît bien car il est lui-même médecin. Très sensible aux problèmes actuels de la santé, il a accepté d'écrire le premier livre de la collection "Polar santé" au Fleuve noir en collaboration avec la Mutualité française qui lutte contre la commercialisation de la santé.

Charly Lhombre, médecin généraliste et légiste, découvre plusieurs décès suspects dans la clientèle d'un gynécologue spécialisé dans la procréation médicalement assistée. Parallèlement le juge Watteau enquête sur l'assassinat d'un professeur de pharmacologie. Et pendant ce temps, une grande multinationale du médicament cherche à avoir la mainmise sur tout le marché de la gynécologie.

Inspirée de faits réels, cette enquête met à jour la pression de plus en plus forte de l'économie sur la santé publique. Face aux enjeux énormes que représente le marché du médicament, les professionnels ont du mal à tenir compte avant tout de l'intérêt du malade, et la fin du roman est, à ce propos, terriblement pessimiste. Même si quelques "gros bonnets" sont arrêtés, la "machine", elle, continue de fonctionner sans eux….

WINCKLER, Martin

Touche pas à mes deux seins

(Baleine)

C'est vrai que tous les "Poulpe" ne sont pas bons, mais celui-là fait partie des meilleurs que j'ai lus.

Une anecdote à ce sujet. Jean-Bernard Pouy, à qui on reprochait d'éditer du très bon mais aussi du très mauvais dans le "Poulpe", rétorquait que c'était vrai, et que d'ailleurs Gallimard faisait la même chose puisqu'ils éditaient à la fois Proust et Alexandre Jardin !

C'est donc un excellent Poulpe que nous propose Martin Winckler, l'auteur de "La maladie de Sachs", d'ailleurs, détail amusant, il fait intervenir son héros Bruno Sachs dans ce roman !

Une sombre histoire de ponte de la médecine assassiné, un flash-back sur la jeunesse tumultueuse des personnages, des piques à l'adresse des laboratoires pharmaceutiques (on voit qu'il connaît le sujet) et des notables locaux,….

L'écriture est enlevée, le suspense bien mené, bref un bon polar que l'on ne quitte pas avant la fin !

 

YORKE, Margaret

Emily Frost est revenue

(Liana Levi, 2000)

Comme d'habitude dans les romans de Margaret Yorke, l'intrigue commence lentement, trop lentement parfois. Quand Emily Frost, militante pacifique arrêtée par la police, appelle à l'aide sa marraine perdue de vue depuis son enfance, celle-ci ne se doute pas du tremblement de terre qu'elle va déclencher. Son mari, conformiste et autoritaire, supporte difficilement cette fille obèse aux cheveux rasés, alors qu'elle attire la sympathie de leur entourage. Mais l'histoire va se noircir peu à peu et, autant le dire, finir très mal.

Pour ce roman policier très british au début, qui finit comme un roman noir, bravo à Margaret Yorke et à son éditeur Liana Levi.

YORKE, Margaret

Meurtres en neige

(Seuil)

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Un huis-clos dans une station de ski autrichienne bloquée par la neige. Une pension de famille. Un mort. Qui avait un mobile pour tuer ce pauvre Bernard ? Personne. Qui avait des secrets à dissimuler ? Tout le monde.

Et, comme d'habitude, une chute excellente pour cette "Enquête du professeur Grant".

 

YORKE, Margaret

Le disparu du Perséphone

(Liana Levi)

Cette fois nous retrouvons le professeur Grant en vacances. La mort d'un de ses collègues va l'amener à enquêter et à découvrir différents trafics au départ de la Crète. Comme toutes les enquêtes de Margaret Yorke, celle-ci est classique mais agréable à lire et pleine d'humour.

YORKE, Margaret

Pudding mortel

Liana Levi

Quand Mrs Mackenzie meurt subitement, tout le monde conclut à un arrêt cardiaque. Mais l'autopsie découvre qu'elle a été empoisonnée et que le poison était caché dans le gâteau destiné à Mrs Ludlow, maîtresse de maison tyrannique, riche et impotente. Qui avait intérêt à tuer Mrs Ludlow ? Tout le monde….

Un délicieux roman policier anglais avec, comme d'habitude chez Margaret Yorke, une chute excellente.

YORKE, Margaret

Vieilles dames en péril

(Seuil)

Qu'une vieille dame meurt en tombant d'un escalier du Parthénon, rien que de très banal. Qu'une deuxième vieille dame, amie de la première, meurt de la même façon, dans le British Museum, ça intrigue Patrick Grant, professeur à Oxford. Quand de plus il tombe amoureux de la charmante petite nièce de la première victime, cela donne un roman policier typiquement anglais, délicieux, féroce et plein de suspense.

YORKE, Margaret

Trouvez-moi un coupable

(Liana Levi)

Pas si paisible que ça ce roman policier ! Bien sûr il y a des cottages, des tasses de thé et des scones, et au début le rythme est assez lent. Mais peu à peu ça s'accélère. Autour de la propriété que garde Nina, des jeunes filles sont assassinées, des vieux messieurs s'égarent et ont des comportements étranges, et l'atmosphère ne cesse de s'alourdir. Il faudra dénouer les liens du passé pour comprendre ceux du présent. Typically british !

SCIASCIA, Leonardo

Une histoire simple

(Fayars)

Quand le commissaire reçoit un appel inquiet d'un certain Roccella, il ne réagit pas et laisse même entendre à son adjoint que c'est une blague. Le lendemain, le brigadier trouve Roccella mort, à première vue "suicidé". Quelques indices sèment le doute. Des cadenas neufs mystérieusement disparus, le meurtre d'un chef de gare, le commissaire qui connaît l'emplacement d'un interrupteur bien caché, chez Roccella.

Dans ce roman, Sciascia réussit magnifiquement bien, sans jamais nommer ni la Mafia, ni le trafic de drogue, à recréer l'atmosphère oppressante d'une Sicile "sous influence".

SKAGEN, Fredrik

Black-out

(Gaïa)

Alors qu'il attend sa femme dans un pub, Steinar Blix se lève, sort, et se met à marcher. Qui est-il, pourquoi est-il à Londres, il a tout oublié.

Rencontrant par hasard un enterrement, il se mêle aux proches et s'invente au fur et à mesure une biographie adaptée à ses nouveaux amis. Ex-espion, pianiste de jazz, et commis de librairie, il commence une nouvelle vie, toujours tourmenté par des images de meurtre, de sang, de violence.

Qu'a-t-il fait exactement, que se reproche-t-il ?

Beaucoup de suspense dans ce très bon polar norvégien, et surtout une chute excellente.

Un auteur à suivre dans la nouvelle collection "Polar" de Gaïa.

STAALESEN, Gunnar

La Belle dormit cent ans

(Gaïa, 2002)

Troisième enquête de Varg Veum, détective privé façon Bogart, vivant à Bergen, ville côtière de Norvège. Cette fois, c'est à une enquête dans l'univers des jeunes qui ont "plongé" qu'il nous entraîne. Chargé de ramener chez elle, Lisa, droguée et prostituée, il se retrouve à la recherche de Peter, l'ex-petit-ami de celle-ci.

Un polar très réussi, moins classique que les premiers, plus noir et plus féroce à l'égard de la société norvégienne que ce que nous pouvons en imaginer habituellement.

 

STAALESEN, Gunnar

Pour le meilleur et pour le pire

(Gaïa)

C'est déjà étonnant, quand on est détective privé, de voir un enfant de neuf ans venir vous voir parce qu'on lui a volé son vélo. Mais ça l'est encore plus quand Roar, ce même enfant, est kidnappé le lendemain par une bande qui terrorise un quartier de banlieue, à Bergen, en Norvège. La mère de Roar est divorcée, séduisante. Et Varg Veum, le détective, prêt à tout pour la défendre quand on l'accuse d'avoir tué son ex-mari.

C'est le schéma classique du roman policier avec un détective privé fouineur, désireux de trouver la vérité avant et mieux que la police, un peu alcoolo (en Norvège c'est l'aquavit), et souvent désabusé.

Mais ce polar a le mérite justement de se passer en Norvège, et, à la suite de ses grands aînés Sjöwall et Wahloo, Staalesen donne des pays nordiques une image très éloignée de celle véhiculée habituellement. Qualité de vie, tolérance, avancées sociales, autant de points à contrebalancer avec les bandes de délinquants, la difficulté d'être mère célibataire, et l'hypocrisie sociale.

Douze ouvrages avec Varg Veum (celui-ci est le deuxième) vont être traduits, avis aux amateurs !

 

 

SPARKS, Muriel

Complices et comparses

(Gallimard)

Après la disparition de Lord Lucan, un psychiatre de renom accueille dans son cabinet deux hommes qui prétendent être ce lord disparu. Quel est donc le vrai ? Une enquête policière loufoque va tenter de percer le mystère entourant cet homme soupçonné du meurtre de la nurse de ses enfants et de violences sur la personne de sa femme.

Après un début très prometteur, ce roman perd ensuite un peu de son brio. Il reste distrayant.

VERISSIMO, Luis Fernando

Et mourir de plaisir

(Seuil)

Dix amis se retrouvent tous les mois depuis vingt ans autour d'une table pour déguster des mets de plus en plus raffinés, jusqu'au jour où l'un d'entre eux vient à mourir. Ils ne se décident pas à reprendre leurs dîners. Apparaît alors un mystérieux cuisinier pour qui l'art de la table est avant tout un défi philosophique. Dès lors les dîners s'apparentent à une variante de la roulette russe.... A qui le prochain tour ?...

Amusante variation sur le thème des "Dix petits nègres" !