ROMANS ET RECITS

 

DUBOIS, Jean-Paul

Une vie française

(L'Olivier)

Nouveau

Très médiatisé et même primé, ce roman de Jean-Paul Dubois mérite pourtant qu'on s'y arrête (étrange comme on se méfie maintenant des livres dont on parle trop). En effet, sous le prétexte de faire une fresque socio-politique des années cinquante à nos jours, il offre un portrait très touchant d'un personnage proche de beaucoup de nos contemporains.

Né en 1950, Paul vit en osmose avec son époque et de mai 68 et "Paix au Vietnam" aux années frics, au mitterrandisme et au désenchantement ambiant de la fin du siècle, il évolue avec son temps. Il n'est pourtant pas caricatural, plutôt désireux de s'épanouir avec les possibilités offertes par la société qui l'entoure. Mais, après une adolescence assez heureuse, sa vie de couple s'avère ratée, voire catastrophique, les relations avec ses enfants sont en partie un échec, et sa vie professionnelle inexistante. C'est peut-être dans son rôle de fils que ce loser réussira le mieux, et les pages sur les derniers mois de sa mère sont vraiment très belles.

On sort de ce livre avec un malaise dû au profond sentiment d'échec de ce personnage. En collant aux évolutions de la société, il n'a jamais eu le bonheur souhaité. Mais le bonheur est-il la responsabilité de l'individu ou celle du collectif ? Vraiment ce roman est plus profond et amène plus de questions que prévu

NEMIROVSKY, Irène

Suite française

(Denoël)

Nouveau

Une fois n'est pas coutume, il faut s'intéresser à la vie d'Irène Némirovsky avant de lire son roman. En effet, née en 1903 en Russie, elle fuit son pays au moment de la Révolution. Elle publiera plusieurs livres et fréquentera le monde littéraire parisien jusqu'à la guerre. Elle doit alors s'enfuir dans le Morvan, puis elle est arrêtée, déportée et elle meurt à Auschwitz en 1942. Ce n'est que soixante-deux ans plus tard que sa fille Denise publie "Suite française", roman inachevé.

Dans ce roman, qu'elle a donc écrit au moment même où avaient lieu ces événements, elle retrace des épisodes de l'exode, puis de l'occupation allemande. Les portraits sont extraordinaires de finesse et de cruauté. Tels ces riches qui ne supportent pas d'être traités comme les autres et qui essaient encore et toujours de faire jouer leurs relations. Telle cette famille qui emmène enfants, argenterie et personnel de maison…mais oublie le grand-père dans sa chaise roulante ! Tels ceux-là qui, pendant l'occupation, hébergent de mauvaise grâce les Allemands mais les utilisent et profitent d'eux avec une parfaite bonne foi !

En plus de l'intérêt documentaire de cet ouvrage et de l'émotion due au destin de l'auteur, son intérêt vient du regard porté sur l'humanité, à la fois cruel et tendre, poétique et réaliste, mais quand même toujours fondamentalement désespéré.

BAUCHAU, Henry

L'enfant bleu

(Actes sud)

Nouveau

Quel magnifique récit que cet "Enfant bleu" ! Dans ce roman Henry Bauchau nous fait vivre la longue thérapie d'Orion, un enfant psychotique suivi en hôpital de jour par une psychanalyste, Véronique.

Orion est envahi par ses "démons" qui le submergent et il n'arrive ni à les exprimer, ni à les contrôler. Sa seule passion, le dessin, va l'aider à exorciser ses démons en essayant de les mettre sur le papier. La pratique d'autres arts lui permettra ensuite de diversifier ses moyens d'expression et d'acquérir un statut social inimaginable au début de la thérapie, celui d'artiste. Ses démons seront toujours là, mais il réussira peu à dompter ses "trois cents cheveux blancs qui galopent dans Paris".

Parallèlement Véronique évolue dans sa vie professionnelle et privée. Le suivi d'Orion va avoir des conséquences sur sa vie privée mais va surtout l'enrichir. Cette longue thérapie (on va les suivre pendant une douzaine d'années) nous paraît encore trop courte tellement on s'attache à ces personnages, le mot personnage paraît d'ailleurs inexact tant ils nous paraissent réels (l'auteur est lui-même psychanalyste et a dû s'inspirer de son expérience).

Au-delà du thème du livre qui est en lui-même passionnant, Henry Bauchau a su aller au-delà du témoignage et donner une œuvre d'une grande qualité littéraire. Le style est d'une grande sobriété éclairée par des moments de poésie et par les extraordinaires trouvailles de langage d'Orion. Il invente des mots et des expressions que l'on a envie de noter tellement cela nous paraît juste. Que dire de plus de ce livre sinon que c'est, à mon avis, le roman le plus intéressant de la rentrée littéraire et qu'il donne envie de lire d'autres œuvres de Bauchau, même si ce dernier livre semble un peu à part de sa production antérieure.

HAMILTON, Hugo

Sang impur

(Phébus)

Nouveau

Cette autobiographie sous forme de roman retrace l'enfance du narrateur dans le Dublin pauvre des années 50-60. Né d'une mère allemande et d'un père irlandais pur souche, il doit supporter le racisme ordinaire des voisins pour qui l'Allemagne est encore l'ennemi, et naviguer entre la langue allemande et le gaélique, mais surtout pas l'anglais, langue de l'ennemi paternel ! Tout cela est bien compliqué pour un enfant, et, avec ses frères et sœurs, il exprime son incompréhension face à ce monde d'adulte.

Le talent d'Hugo Hamilton est d'avoir fait de cette situation tragique un livre très vivant, à la langue chaleureuse et savoureuse. Certes tout cela est plutôt tragique, mais les moments tendres, poétiques, drôles même, empêchent l'excès de sentimentalisme et donnent au final une émotion authentique. D'ailleurs on ne peut s'empêcher de penser à Frank Mc Court et à Nuala O'Faolain qui ont décrit de façon similaire leur enfance irlandaise…

GAUDE, Laurent

Le soleil des Scorta

(Actes sud)

Nouveau

Dans ce petit village d'Italie du Sud plane l'ombre de la tragédie grecque. La famille Scorta est maudite, le village entier est contre elle. Malgré cela elle se fera un devoir de continuer à y vivre coûte que coûte, même difficilement, même misérablement, à y fonder une famille et à y avoir un peu de bonheur.

L'auteur réussit à nous faire ressentir le soleil qui écrase implacablement la place du village et ses habitants. Il réussit à nous faire aimer cette famille qui, de génération en génération, va essayer de tenir tête au destin.

Un très bon roman à mettre vraiment entre toutes les mains.

ALI, Monica

Sept mers et treize rivières

(Belfond)

Nouveau

Nazneen a quitté son Bangladesh natal à 18 ans pour épouser Chanu qui vit à Londres et qui a deux fois son âge. Chanu lui interdit de sortir et de fréquenter certaines épouses bangladaises trop excentriques à son goût. En parallèle on suit la vie d'Hasina, la sœur de Nazneen restée au pays.

D'abord perdue, Nazneen va peu à peu essayer de s'intégrer, pas dans la société anglaise bien sûr, mais dans son quartier et avec ses voisines bangladaises. Elle va apprendre l'anglais, trouver un travail (chez elle), et même s'intéresser un peu à la montée de l'intégrisme. Même si son intégration semble limitée, cette avancée lui permettra de prendre conscience de la liberté dont elle jouit dans ce pays, et quand son mari décidera de repartir au pays, elle décidera de rester à Londres avec ses filles.

Ce roman traite d'un sujet peu souvent abordé dans les romans, celui de l'immigration des femmes venant d'Inde et des pays limitrophes et leur difficile intégration dans le monde occidental. Ecrit dans un style qui ne manque pas d'humour (les situations sont parfois tragiques, parfois burlesques), ce récit rappelle le dernier film de Ken Loach, "Just a kiss" et nous met dans la peau de la famille d'immigrés. Un bon moment de lecture et une bonne surprise de la rentrée littéraire étrangère.

GRIMBERT, Philippe

Un secret

(Grasset)

Nouveau

Le thème du secret de famille a été plusieurs fois abordé ces dernières années chez les romanciers. Ici c'est un psychanalyste, Philippe Grimbert, qui nous livre son secret et les conséquences de sa découverte.

Certains enfants rêvent qu'ils ont un ami imaginaire (voir le très beau "Pobby et Dingan"), d'autres que leur ours s'anime tous les soirs. Depuis qu'il est tout jeune, le héros / auteur a un compagnon de rêve, en frère, à qui il raconte tout, avec qui il se dispute, … un frère quoi ! Parallèlement, il a une famille normale, sans histoire, ses parents s'entendent bien, pas de problème. Mais quand il étudie la première guerre mondiale en classe et qu'il parle du sort fait aux juifs pendant cette période à une voisine et amie, il découvre que la réalité a été beaucoup plus complexe et beaucoup plus douloureuse que ce qu'il a imaginé…

Bien sûr je n'en raconte, moi non plus, pas plus, pour laisser un peu de suspense à ce récit très beau, très pudique, et qui permet de comprendre pourquoi Philippe Grimbert est... psychanalyste.

GRIMBERT, Philippe

La petite robe de Paul

(LGF)

Nouveau

Pendant un stage d'une semaine, Paul se promène au hasard des rues et tombe en arrêt devant cette robe blanche d'enfant dans une vitrine. Quelles émotions provoque-t-elle chez lui pour qu'il revienne chaque jour la voir et même que, le dernier jour, il entre l'acheter ? Comment intégrer cette réaction dans sa vie, comment l'expliquer à sa femme, ou plutôt comment la cacher ? Ce geste impulsif va raviver des blessures que l'un et l'autre croyaient guéries.

Un très beau roman qui explore le tréfonds de l'inconscient, par l'auteur de "Psychanalyse de la chanson" et "Chantons sous la psy".

GRIMBERT, Philippe

Psychanalyse de la chanson

(Hachette)

Nouveau

Alors que certaines personnes n'auront jamais accès à la peinture, à la littérature ou à la musique classique, tout le monde, oui tout le monde sans exception aura fredonné, aimé, retenu, des chansons. C'est un art populaire qui a ses origines dans notre histoire la plus lointaine et qui s'est bien sûr démocratisé avec l'avènement de la radio.

C'est déjà un élément fédérateur assez important pour que le psychanalyste Philippe Grimbert y consacre un ouvrage. Mais il étudie aussi plus précisément ce qui fait que nous retenons ou pas une chanson selon le moment de notre vie où nous la découvrons, et ce qui fait que nous éprouvons un plaisir immense à réécouter certaines chansons (plaisir de la répétition, de la reconnaissance), dont celles de notre jeunesse ou de notre enfance (d'où le succès d'une radio comme "Radio-Nostalgie").

Une anecdote personnelle : l'autre jour une collègue devait retrouver les paroles des "Champs-Elysées" de Joe Dassin, pour un mariage. Chacun s'en souvenait un peu, mais c'est un collègue de 22 ans qui a réussi à retrouver de tête toutes les paroles ! Pourquoi cette chanson lui est-elle restée à ce point dans la tête alors qu'il n'était pas né quand elle est sortie ??? Mystère ! Et c'est tout ce mystère que tente de percer Philippe Grimbert dans cet ouvrage passionnant, facile à lire et néanmoins sérieux.

Dans un autre livre, "Chantons sous la psy", il étudiera plus précisément certaines chansons, dont "L'aigle noir" de Barbara où il semble que cet aigle sombre soit un symbole incestueux.

FLEM, Lydia

Comment j'ai vidé la maison de mes parents

(Seuil)

Nouveau

L'excellente presse pour ce récit et le bouche à oreille qui ne cesse de s'amplifier sont tout à fait justifiés car Lydia Flem, qui est psychanalyste, a su trouver les mots justes pour une situation à la fois unique et universelle.

L'auteur, fille unique, perd ses parents dans un délai très rapproché et doit s'occuper de la maison familiale. L'action qu'elle doit mener lui donne déjà l'occasion d'expliciter ce qu'elle doit faire : ranger, fermer... Non, il faut vraiment faire le vide, dans la maison et dans la vie. Devenir orphelin est une étape normale mais toujours bouleversante, et ranger cette maison avant de la vider permet un long voyage dans sa vie. Il faut dire que ses parents étaient particulièrement "conservateurs", toute leur vie peut être reconstituée grâce aux mille et un objets qu'il ont gardés.

Les différents sentiments qui traversent l'auteur sont décrits de manière toujours juste, jamais larmoyante. Tristesse, émotion, mais aussi culpabilité (elle fouille dans leurs affaires intimes), colère (pourquoi ont-ils gardé tout ça ?), surprise (elle découvre des détails cachés).

Un livre à garder et à offrir.

HADDON, Mark

Le bizarre incident du chen pendant la nuit

(Nil)

Nouveau

Christopher, un adolescent de quinze ans, autiste et surdoué, découvre un matin que le chien de la voisine a été tué avec une fourche. Il décide de retrouver le meurtrier.

Le roman, écrit à la première personne, permet d'entrer complètement dans la logique de cet enfant pas comme les autres. En effet il va dans une école pour déficients, il adore les mathématiques (le livre est parsemé de calculs et de tableaux), il ne sait pas mentir, il ne supporte pas qu'on le touche, il déteste le jaune, le marron et tout ce qui lui est inconnu, etc. Et son cerveau ne peut s'empêcher de tout enregistrer et de tout mémoriser, mais dans les situations les plus complexes la tâche devient impossible, alors Christopher se roule en boule et grogne. Bref, mener une enquête dans ces conditions n'est pas facile et c'est toute la difficulté de ces enfants pas comme les autres qui est décrite ici de façon très précise et parfois drôle.

Le talent de l'auteur (qui a travaillé avec des enfants mentalement déficients) est d'avoir réussi à nous laisser entrevoir ce monde mystérieux des autistes dans un roman qu'on ne lâche pas une fois qu'on l'a commencé. Il peut être lu aussi par des adolescents (il est paru simultanément en Pocket Jeunesse).

IKONNIKOV, Alexandre

Lizka et ses hommes

(L'Olivier)

Nouveau

Dans la Russie des années 90, Lizka quitte son village pour échapper aux racontars à propos de la vie dissolue de sa mère. A elle la grande ville et la vraie vie ! Une place à l'école d'infirmières, un logement dans un foyer et voilà la belle vie. Mais l'apprentissage de la liberté est douloureux. Cinq hommes se succèderont dans sa vie, lui apportant chacun un peu de bonheur à sa manière et lui permettant de mieux se connaître.

Ecrit comme un conte moderne, ce roman se lit d'une traite. Comme dans son précédent ouvrage "Dernières nouvelles du bourbier", Ikonnikov donne un reflet contrasté de la vie actuelle en Russie. Problèmes sociaux, renouveau politique (on prend les anciens et on recommence !), libération des mœurs, tout y passe dans un véritable tourbillon où l'on se laisse emporter en passant avec jubilation du cynisme au fatalisme et à l'insouciance.

IKONNIKOV, Alexandre

Dernières nouvelles du bourbier

L'Olivier

Un jeune appelé qu'on oublie pendant des manœuvres, un inspecteur qui va enquêter sur le vol de tôle par un pope et revient avec des liasses de billets, un étudiant quitté par sa fiancée car il n'a pas de logement où ils puissent se rencontrer, un paysan qui achète une machine à laver sans penser au voltage et à l'évacuation d'eau, etc…

Ces nombreuses petites nouvelles nous donnent des instantanés de la vie en Russie actuellement, plutôt à la campagne, plutôt chez des gens modestes qui ont peu bénéficié de la modernisation de la société et qui en sont même souvent les victimes. Mais tous gardent une joie de vivre (la vodka aidant beaucoup beaucoup…) qui donne à ce recueil vraiment passionnant une tonalité mi-drôle, mi-tragique très attachante. C'est le seul livre traduit de cet auteur, on attend les autres avec impatience.

YOSHIMURA, Akira

La guerre des jours lointains

(Actes sud)

Nouveau

Au Japon, en 1945, le jeune Takuya est recherché par les alliés pour avoir décapité un pilote de B29, un américain parmi tous ceux qui ont tué des milliers de civils japonais pendant des raids. Commence alors une longue fuite pour Takuya qui garde tout son sens de l'honneur en pensant avoir fait son devoir, mais est poursuivi et menacé de pendaison.

Le fonds historique nous rappelle, mais l'avons-nous oublié avec les conflits actuels, que la guerre frappe d'abord et surtout des civils. Et les "crimes" de Tekuya lui semblent bien peu de choses face aux milliers de personnes innocentes tuées par ces B29.

Yoshimura réussit à mêler la vie de Tekuya, ses angoisses, ses sentiments, son errance, aux événements de l'Histoire. Le bombardement d'Hiroshima est perçu par lui comme « un curieux bruit, comme si on déchirait du papier, aussitôt suivi d’un choc étrange qui fit vibrer l’air autour de lui […] le bruit était différent d’une bombe qui explose. Il pensa qu’il s’agissait d’un lointain coup de tonnerre ». (p. 81)

Je cite un critique littéraire qui écrit : "Le livre pose la question, toujours d’actualité : tuer sous les ordres fait-il d’un soldat un criminel, « un ennemi de l’humanité, un détestable monstre de violence » (p. 150) ? Takuya n’a fait qu’obéir, il éprouve ni colère ni peur devant ce paradoxe qu’il ne comprend pas : « du côté des forces alliées, les soldats qui avaient tué des civils japonais étaient considérés comme des héros, alors que l’on voulait une mort offensante pour eux, les vaincus » (p. 32). C’est toute la question des partis pris, comme aujourd’hui encore malheureusement avec les morts de quelques Occidents en Irak ou en Israël, masquant celles de centaines de civils Irakiens et Palestiniens…"

Ce livre a été publié en 1978 au Japon, il n'est traduit que cette année en France où l'on connaît un peu mieux Yoshimura depuis le très beau "La jeune fille suppliciée sur une étagère". J'espère que ce très beau livre le fera encore mieux connaître.

YOSHIMURA, Akira

La jeune fille suppliciée sur une étagère

Actes Sud, 2002

C'est un pléonasme de dire que la mort a rarement été aussi omniprésente que dans ce récit. C'est par la voix de la narratrice, une jeune fille de seize ans, qui vient de mourir, que nous est racontée cette disparition. Et pas seulement la mort, mais les heures, les jours qui vont suivre. Posément, comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre, elle nous invite à la suivre dans la voiture qui l'emmène à l'hôpital, puis dans la salle de dissection, et enfin pendant les cours où son corps va être utilisé jusqu'à ce qu'il n'en reste rien. Rien de scabreux, ni même, si j'ose dire, de macabre dans ce très beau récit. Seule reste l'âme de la jeune fille qui voit se défaire un à un les liens qui l'attachaient à la terre. Il n'y a bientôt plus de corps, plus d'amour (de terribles scènes avec la mère). Que reste-t-il ? Chacun aura sa réponse.

Le deuxième récit, forcément un peu moins fort, est aussi très douloureux avec toujours l'omniprésence de la mort. Le cimetière, la statuaire funéraire, le mort du père, l'amour qui ne peut finir que dans la mort ; autant de thèmes traités de manière très délicate par Yoshimura.

 

PARKHURST, Caroline

Le silence de Lorelei

Philippe Rey

Quand on vient annoncer à Paul que Lexy, sa jeune épouse, est morte en tombant d'un pommier, il est effondré. Puis très vite il se demande si cet accident n'est pas, en fait, un suicide. Le seul témoin de sa chute, Lorelei, la chienne, ne peut pas dire ce qu'elle a vu. Mais justement, et si elle pouvait parler ?

Paul est un universitaire spécialiste de linguistique, aussi se met-il en tête d'essayer d'apprendre à Lorelei des rudiments de mots afin, peut-être, d'en apprendre un peu plus. Parallèlement il fait défiler sa vie avec Lexy, leur rencontre, les années qui ont suivi, tout cela sous le signe de la fantaisie de sa femme, mais aussi de ses réactions déroutantes et de la passion qui l'animait.

Les épisodes qui relatent les tentatives de Paul pour apprendre à Lorelei à parler sont presque anecdotiques tant le roman est placé sous le signe du deuil de la femme aimée. Sans mièvrerie aucune, l'auteur décrit le cheminement de la pensée de Paul qui essaie de reconstituer ce qui caractérisait Lexy, comme il le ferait d'un puzzle. Les sentiments, les passions, les colères parfois, tout ce qui définit un être et tout ce dont il faut s'imprégner de nouveau après sa mort pour le sentir à jamais à ses côtés et pouvoir commencer, enfin, le travail de deuil.

MELOT, Michel

La sagesse du bibliothécaire

L'Oeil neuf

Je ne résiste pas au plaisir de vous recopier la quatrième de couverture qui décrit ce livre mieux que je ne le ferais : "Le bibliothécaire aime les livres comme le matin aime la mer. Il n'est pas nécessairement bon nageur mais il sait naviguer. L'océan du savoir qui grise tous les savants, rend modeste le bibliothécaire. La bibliothèque est ce lieu indispensable où le savoir décante.

Regardez comme cet océan furieux se calme dans la bibliothèque. Le bibliothécaire sait lire les livres sans les ouvrir. Son regard transperce les couvertures. Il visite la page de titre, l'auteur, les éditeurs, va directement au colophon, relève la date, le format, le nombre de pages, s'attarde sur la table des matières, vérifie s'il y a des index. Il évalue enfin sa robustesse et la qualité de son papier, celle de sa mise en page et de son impression.

Tout est dit. Si les auteurs savaient cela, ils feraient de faux livres uniquement pour les bibliothèques !"

Michel Melot, lui-même bibliothécaire, ancien directeur d'un département de la Bibliothèque nationale, puis directeur de la BPI, rend un bel hommage au métier de bibliothécaire. Gardien du temple mais aussi médiateur du livre et symbole de l'ouverture sur le monde, le bibliothécaire est tout cela. Et le lieu lui-même, la bibliothèque n'est pas moins fascinant.

Mais pourquoi est-il sage, le bibliothécaire ? "C'est que le bibliothécaire sait qu'il ne sera jamais savant, car, lorsqu'il ouvre un livre, tous les autres restent fermés et il sait, le bibliothécaire, qu'il n'ouvrira jamais tous les livres !"

 

KAFKA, Franz

Le terrier

Mille et une nuits

Ce texte, un des derniers de Kafka, est inachevé, mais cela ne gêne en rien l'intrigue.

Un troglodyte (homme ? animal ?) nous fait partager sa vie quotidienne dans ce terrier qu'il a aménagé pour faire face à tous les dangers. Avec ingéniosité, il a construit des galeries, fait des fausses pistes, des labyrinthes, des murs. Pourtant, malgré toutes ces protections, il est toujours inquiet. Et si quelqu'un entrait, s'il lui prenait ses provisions ? Et quel est ce bruit ? Et vaut-il mieux faire le guet à l'extérieur au cas où quelqu'un rentrerait, ou au contraire se barricader à l'intérieur ? Bref, tout est-il prévu pour que ce terrier soit un refuge sûr ?

Comme d'habitude chez Kafka, le tragique côtoie l'humour noir, et on ne sait si on doit envier ou se moquer d'une telle organisation. Organisation qui fait bien sûr immanquablement penser à notre existence, protégée de toutes parts par les assurances-protections-garanties en tout genre, et pourtant toujours vulnérable !

Ce récit va être adapté et devenir une pièce de théâtre pour adolescent dans le cadre de la Biennale de théâtre "Odyssées 78", au Théâtre de Sartrouville en 2005.

 

BOTT, François
Les éclats de rire de la jeunesse à l'arrêt des autobus
Equateurs

Quel beau titre ! C'est ce qui m'a attirée vers ce livre, et je n'ai pas été déçue. La quatrième de couverture précise que ce livre plaira à ceux qui aiment Ava Gardner, les bars des grands hôtels, Giraudoux, "Jules et Jim", les couleurs de septembre sur la côte normande, etc… C'est vrai que la trentaine de nouvelles de ce recueil se partage entre nostalgie, années d'après-guerre, Paris rêvé, vie imaginaire, magie de l'instant et espérances déçues.

Quelques pages, quelques lignes parfois, suffisent à l'auteur pour nous faire entrer dans un monde. Je demande beaucoup aux nouvellistes, celui-ci m'a comblée et m'a apporté de vrais moments de bonheur.

 

ARSAND, Daniel
Ivresses du fils
Stock

Cette nouvelle collection "Ecrivins", dirigée par Philippe Claudel, propose "de la littérature et du vin, avant toute chose", et ce récit répond tout à fait à ces critères !

Le vin, oui, Daniel Arsand le découvre pendant son enfance en finissant les fonds de verres, et ce vin est plutôt joyeux. Pendant l'adolescence, il demande plutôt à ce vin de lui donner de l'assurance face à ses camarades de classe dont il se sent rejeté, et face à cette homosexualité qu'il vit difficilement. L'aveu qu'il fait du rôle du vin plus tard, alors qu'il est adulte, est bouleversant. Boire c'est bien sûr oublier, mais chez lui c'est oublier qu'il ne sait pas aimer.

Tout ce récit est un aveu d'une vie intime douloureuse, et l'alcool, le vin plus précisément, l'accompagne comme un ami qui vous tient par le bras. De la littérature et du vin, mais surtout de la littérature dans ce récit émouvant et parfois même dérangeant dans ce qu'il livre du plus intime de l'auteur.

 

CHAUVIRE, Jacques
Elisa
Le Temps qu'il fait

Nous avons découvert, avec le très beau "Passage des émigrants", ce médecin de 88 ans qui s'est tourné vers la littérature sur le tard. Ses romans évoquent le plus souvent ses souvenirs personnels, dans un style classique, un peu suranné, mais toujours plein d'humanisme.

"Elisa" est le récit de l'attachement d'un petit garçon, orphelin de père, pour sa nourrice, Elisa. Elle lui apporte la tendresse que sa mère oublie de lui donner, et, nous le verrons à la fin, elle non plus ne l'oubliera jamais.

 

 

 

JANICOT, Stéphanie
Non, ma mère n'est pas un problème
LGF

 

 

 

  Ce titre est vraiment très racoleur et, sans les conseils de collègues et le texte de Clarabel, je ne l'aurais jamais lu spontanément ; j'aurais d'ailleurs eu tort car c'est une très bonne surprise.

Les récits, parallèles, d'Aaron , la quarantaine, qui va voir un psychanalyste sur le conseil de son amie pour régler son problème avec sa mère ; et d'Anna, la mère d'Aaron, qui retrace sa vie de femme ; ces deux récits marchent parallèlement longtemps, à tel point qu'on se demande à quel moment ils vont se rejoindre. Et pourtant ils sont bien liés, cette mère et ce fils, malgré l'étanchéité apparente de leur vie.

Le ton du récit d'Aaron a un petit côté humour juif qui cache la profondeur de son désarroi. La mère, Anna, a essayé d'être à l'écoute de ses désirs après avoir tenté d'être une mère parfaite.

Cette histoire, classique, sur la difficulté de mettre en place des relations équilibrées entre une mère et son fils, est décrite ici avec un ton sobre qui sonne juste.

 

AUSTER, Paul
La nuit de l'oracle
Actes Sud

 

 

  C'est toujours délicat de suivre un auteur depuis ses débuts ; on s'attend à ce qu'il nous surprenne tout en gardant ce qui fait sa particularité. Chez Paul Auster, depuis "La trilogie new-yorkaise" et "Moon Palace", on aime l'ambiance new-yorkaise, la magie qui émerge du quotidien, les enquêtes qui sont en fait des quêtes, l'écriture enfin, à la fois ample et intimiste. On aime aussi les histoires, car c'est un raconteur d'histoires.

"La nuit de l'oracle" plaira aux amateurs de Paul Auster car il rassemble ces qualités. La magie vient de ce carnet bleu (clin d'œil au "Carnet rouge" dont parlait récemment Rotko) qui semble à la fois porter chance et porter malheur. La construction en abîme (le héros, écrivain, écrit un roman sur un éditeur qui, lui-même, trouve un manuscrit) est un procédé qui fonctionne bien quand il est adroitement utilisé (c'est le cas ici). Le héros et sa femme ont un petit air autobiographique auquel on peut rêver de s'identifier. Bref, même s'il n'a pas le lyrisme de l'inoubliable "Moon Palace", ce roman est une belle réflexion sur le mystère de la création littéraire et le dédale de la conception.

AUSTER, Paul

Le livre des illusions

(Actes Sud)

Après la mort de sa femme et de ses enfants, David Zimmer est anéanti. Par hasard, il découvre les films d'un réalisateur peu connu de films muets, Hector Mann, disparu mystérieusement depuis cinquante ans. Presque malgré lui, il devient le seul spécialiste de Mann en étudiant ses films.

Alors que, toujours submergé par la douleur, il accepte de traduire "Les Mémoires d'outre-tombe", il reçoit un courrier de la femme de Hector Mann l'invitant à les rejoindre, elle et son mari.

Hector Mann est-il toujours vivant, qu'a-t-il fait pendant toutes ses années, a-t-il tourné d'autres films ? C'est Alma qui, en venant le chercher, tentera de donner un sens à sa vie et à celle d'Hector Mann.

On retrouve dans ce roman les thèmes chers à Paul Auster. La descente aux abîmes de ses héros. L'errance. L'enquête qui se transforme en quête. Le hasard aussi qui temble toujours tirer les fils de ses personnages.

Un roman très attachant dans la lignée de "Moon Palace" et de "La musique du hasard".

 

YOSHIMOTO, Banana
Kitchen
Gallimard

 

 

  De nombreuses personnes m'avaient parlé de cette Banana, et "Kitchen" était depuis longtemps dans la pile des livres à lire. Je m'étais donc préparée avec délice à sa lecture et je n'ai pas été déçue. Après les sombres Ogawa, Yoshimura et Yamada, cette jeune auteure donne une bouffée de fraîcheur au roman japonais féminin contemporain.

N'allez pourtant pas croire que le thème est gai, au contraire. Après avoir perdu ses parents quand elle était petite, Mikage perd ses grands-parents et est hébergée chez Yuichi, un camarade d'université, dont la mère, transsexuelle, est entraîneuse dans un bar.

Ce qui raccroche Mikage à l'existence, c'est la cuisine. D'abord la cuisine en tant que pièce, elle en aime les meubles, l'ambiance, les odeurs. Et aussi la cuisine en tant qu'art. Cuisiner canalise toute son énergie et devient une raison de vivre.

Si vous ne l'avez pas encore lu, plongez-vous dans ce "Kitchen" plein de poésie, de mélancolie mais aussi de vie

 

GUERAUD, Guillaume
Couscous clan
Rouergue (Editions du)

 

  Dans la banlieue rouge, les clans font la loi. Parmi eux, le "couscous clan", avec Kamel, Karim et Kader. Des délinquants ? Oui, mais quand un photographe vient photographier leur quartier car il cherche un endroit sinistre, des couleurs sombres, du béton et une tour abandonnée pour tourner un film, ils cherchent à en profiter au maximum. Si l'équipe de tournage veut travailler, il faut qu'elle obéisse à la loi du quartier et aux chefs. Mais le cinéma ça reste quand même quelque chose de mythique, même dans les banlieues désolées, et le charme finit par opérer… sur tout le monde…

On sent que Guillaume Guéraud aime ses personnages, et ses délinquants il en fait des grands gosses paumés au grand cœur. Voilà un livre plein de tendresse malgré la toile de fond contemporaine et plutôt noire.

La collection "doAdo" est, comme son nom l'indique, pour les ados, mais elle peut être lue avec plaisir par les adultes

 

YAN, Mo
Explosion
Caractères

 

  Mo Yan est l'enfant terrible de la littérature chinoise contemporaine et en France on a surtout parlé de lui à l'occasion du Salon du livre (où il était invité) et de la parution de son (gros : 835 pages) récit , "Beaux seins, belles fesses". Pour aborder son œuvre, j'ai commencé par ce petit livre, un de ses premiers, et qui a été récemment réédité.

"Explosion" aborde le thème de la loi sur la restriction des naissances et de la résistance des Chinois à cette loi. Le héros a déjà une fille, sa femme est de nouveau enceinte. En tant que fonctionnaire d'Etat, il doit montrer l'exemple et la faire avorter. Mais sa femme, et même son vieux père aimeraient garder l'enfant (en espérant que ce sera un garçon).

Mais plus qu'un roman à thèse (thèse d'ailleurs toujours d'actualité), c'est surtout un roman poétique, foisonnant d'images inattendues, de flash-back, d'associations d'idées. En lisant la préface, on apprend que Mo Yan venait de découvrir la littérature européenne et la littérature sud-américaine, et qu'il avait été fasciné par Garcia Marquez. Ceci explique sans doute l'aspect foisonnant de ce court roman qui dénote avec les romans chinois des années 1980.

 

OTSUKA, Julie
Quand l'empereur était un dieu
Phébus

 

 

  Pendant la seconde guerre mondiale, après Pearl Harbour, les Japonais habitant aux Etats-Unis ont été parqués dans des camps, pas pour les tuer, mais pour les écarter de toute tentative de complot ou de débarquement contre les Américains.

Ce livre raconte l'histoire de la famille de Julie Otsuka qui était depuis de nombreuses années installée là-bas et qui a dû, du jour au lendemain, tout abandonner et aller dans ce camp. Le retour est tout aussi brutal : les voisins ne disent rien, comme s'il ne fallait pas parler de ce qui s'était passé.

Le plus terrible et le plus pathétique est le retour du père qui avait été enrôlé dans l'armée. Il a vieilli et n'est plus que l'ombre de lui-même. On sent qu'inlassablement il se pose la question : pourquoi ont-ils fait ça à des gens comme lui qui travaillaient, vivaient, côtoyaient les américains en toute fraternité. Oui, pourquoi ?

 

BRASSEUR, Roland
Je me souviens encore mieux de Je me souviens. Notes pour Je me souviens de Georges Perec à l'usage des générations oublieuses et de celles qui n'ont jamais su
Castor Astral (Le)

 

  C'est la troisième réédition de ce livre depuis 1998 (avec une préface d'un auteur de polar que j'apprécie justement parce qu'il ne se limite pas à ce genre : Jean-Bernard Pouy) et cette fois je me le suis acheté ! Comme l'a déjà bien dit Sahkti, c'est un régal de s'y plonger, presque un jeu de l'oie où l'on avance par petits bonds, une page par-ci, trois paragraphes par-là, avec des retours à la case départ du livre de Perec.

Pourquoi parle-t-il du drugstore des Champs Elysées ? Ah oui, pour son incendie. De la gare Montparnasse ? Ah oui, pour l'ancienne gare. Du Dr Spock (le pédiatre) ? Parce que celui-ci fut candidat à la présidence des Etats-Unis.

Vous connaissez par coeur votre vieux Trivial Poursuit ? Ouvrez le Roland Brasseur, vous ferez un tabac auprès de vos amis !

 

MIAN-MIAN
Les bonbons chinois
Olivier (Editions de L'
)

 

 

  Ce livre est paru à peu près en même temps que "Shanghai baby" et, sans doute pour cela, je les avais associés. J'avais tort car, à part le fait que ce sont tous les deux des romans contemporains, chinois, écrits par des femmes et se passant à Shanghai, ils ont assez peu de points communs.

Autant "Shanghai baby" mêlait avec bonheur poésie, érotisme et libération (relative) de la femme. Autant "Les bonbons chinois" est un roman dont la violence, la dureté des rapports humains et le désespoir vous arrivent en pleine figure.

Xiao Hong a quinze ans quand elle quitte Shanghai et rencontre Saining, un musicien. Elle veut tout partager avec lui et, peu à peu, commence une descente aux enfers que les auteurs anglo-saxons ou européens ont maintes fois décrite : rock, drogue, sexe, alcool, prostitution, folie !

C'est vrai que l'auteur décrit probablement des faits qu'elle a vécus ou des gens qu'elle a côtoyés, c'est vrai que cette violence est pathétique, mais pour nous autres occidentaux c'est du roman "trash" tel qu'on a pu en lire des dizaines. En revanche je comprends que ce livre ait fait l'effet d'une bombe quand il a paru en Chine en 2000, et qu'il ait été interdit et retiré de la vente !

 

WEIHUI, Zhou
Shanghai Baby
Philippe Picquier

 

  Ce roman très autobiographique d'une jeune chinoise a fait scandale à sa sortie en Chine et a été interdit. Bien sûr le succès a été immédiat dans le reste du monde ! Le parfum de scandale qui a entouré l'ouvrage a sans doute été pour beaucoup dans son succès, mais je pense que son intérêt va au-delà.

Disons que c'est un peu le "Bonjour tristesse" chinois. Une jeune fille a écrit un premier roman un peu érotique et essaie d'en écrire un deuxième. Elle quitte son emploi dans un bar pour se consacrer à l'écriture et emménage avec son ami, peintre, dont elle est très amoureuse mais qui est impuissant. Leur vie est scandée par les sorties, les amis, les rencontres avec les membres d'une sorte de "movida" shanghaïenne. Artistes émergeants, nouveaux riches, tout ce petit monde découvre la liberté dans un Shanghai contemporain aux allures très occidentales.

La recherche du plaisir est le moteur principal de leur existence et chacun s'y essaie avec plus ou moins de bonheur. Ecartelée entre son ami qu'elle aime profondément et son amant qui lui apporte du plaisir, Coco découvre le bonheur mais aussi la difficulté d'être une femme "libre" aujourd'hui à Shanghai. La fin clôt d'une belle façon ce récit parfois poétique, parfois érotique, mais à la voix toujours originale.

 

BAKER, Nicholson
Une boîte d'allumettes
Christian Bourgois

 

 

  Ce recueil est un petit bijou que je vais abondamment conseiller et offrir autour de moi. Imaginez un rédacteur médical de quarante-quatre ans, plutôt en crise existentielle mais pas déprimé non plus, qui nous livre ses pensés "matutinales" pour paraphraser Philippe Meyer. Insomniaque, il préfère se coucher très tôt et se lever très tôt pour éviter l'insomnie du petit matin. Et là, à quatre heures, ou cinq heures, il craque une allumette (il y en a trente-trois dans sa boîte), allume le feu, tout çà en restant dans le noir, et il pense. A sa journée. A la cane dehors qui doit avoir froid malgré ses plumes. A sa famille. Aux petits gestes quotidiens qu'il vient d'accomplir, etc. Ca ressemble à du Delerm me direz-vous ! Pas du tout, car là où Delerm a quand même fâcheusement tendance à nous le faire à la nostalgie et au bon vieux temps, Baker lui est de plein pied dans la vie et il la voit avec un humour contagieux cette vie, parfois très proche du désespoir, mais humour quand même. Il doit rendre sa copie à son éditeur, il a un trou dans sa chaussette, il doit alimenter le feu, etc.

Un conseil : lisez-le au compte-goutte. Une allumette tous les matins ou tous les soirs. C'est un régal.

 

CLEMENCON, Frédérique

Colonie

Minuit

Cette grande propriété décrépite est à l'image de la famille qui en est propriétaire. Le fils, Léonce, septuagénaire, vit seul là-bas avec sa mère. La vie s'y écoule silencieusement. Seuls les souvenirs mettent un peu de couleur dans cette existence. Le père de Léonce est arrivé par hasard dans cette famille, presque recueilli par celui qui deviendra son futur beau-père et qui lui permettra d'épouser sa fille et de partager sa fortune. Est-ce ce sentiment de devoir faire ses preuves qui le poussera à partir en Afrique pour faire fortune alors que Léonce est encore un enfant ?

Frédérique Clémençon réussit magnifiquement à donner un ton nostalgique, mystérieux et un peu las à ce récit. Les phrases très longues vont jusqu'au bout des descriptions et des sensations. La construction qui va et vient entre trois époques n'est jamais artificielle et le nombre réduit de personnages permet de toujours s'y retrouver. Le temps semble s'être immobilisé dans cette maison. Qu'a fait Léonce entre cette enfance sauvage et cette vieillesse solitaire ? Rien semble-t-il, d'ailleurs l'absence de date (on situe toutefois le début de l'histoire au début du siècle) donne un côté irréel au récit.

L'écriture de l'auteur est vraiment superbe. Elle évoque de façon très belle l'abandon, la décrépitude, de la maison, de la famille, des êtres. Un peu comme chez Biancotti, on s'y perd... sans s'y perdre...

 

HA Jin

La démence du sage

Seuil

A l'Université de Shanning, Yang, un des professeurs les plus connus, a une attaque cérébrale et est hospitalisé. Jian, un de ses élèves les plus doués, et le fiancé de sa fille, reste à son chevet tous les après-midi. Mais Yang se met à délirer, il parle d'une femme (de quelle femme ?), de Mao, de sa vie, de tout ce qu'il a raté, de ce que le Parti l'a empêché de faire, de tout ce qu'il n'a jamais osé dire. Et Jian, peu à peu, réfléchit à sa vie à lui, à son avenir. Est-ce qu'il veut lui aussi être professeur, c'est-à-dire employé de l'Etat ? Est-ce qu'il veut vraiment rejoindre sa fiancée à Pékin ? Et pourquoi a-t-il refusé cette Bourse pour une université étrangère ?

Mais nous sommes en 1989, et à l'arrière plan la révolte des étudiants prend de l'ampleur à Pékin. Yang les rejoint sur un coup de tête, c'est le massacre de la place Tian'anmen…

Un peu déconcertée au début par le sujet (un vieil homme qui délire dans un lit d'hôpital…), j'ai vraiment été prise par le sujet. C'est peut-être la découverte de la vie chinoise actuelle (ou presque) vue de l'intérieur qui est passionnante pour les occidentaux, mais c'est aussi le style tout en nuance qui exprime avec lucidité, parfois avec cynisme, l'état d'esprit des étudiants chinois.

 

HA Jin

La Mare

Seuil

La mare, c'est l'usine où travaille Bin, trop petite pour laisser s'épanouir ses talents d'artiste et de calligraphe. Mal vu par ses supérieurs, bloqué dans sa progression, interdit de nouvel appartement, il s'aigrit et cherche à se venger. Les caricatures qu'il envoie aux journaux ou qu'il met sur les panneaux d'affichage de l'usine, dénoncent l'incompétence de ses chefs et leur animosité à son égard. Le conflit s'envenime et arrive jusqu'à Pékin...

Une fois entré dans cet univers chinois des années 70, on s'attache à ce héros et on suit ses actions, intrigué par le fonctionnement de l'appareil communiste. Le ton reste toutefois toujours léger, parfois cocasse, et l'ensemble ressemble à une sorte de parabole du pot de terre contre le pot de fer.

 

 

BARNES, Julian

Quelque chose à déclarer

Mercure de France

Comme Woody Allen est le plus francophile des américains, Julian Barnes est le plus francophile des anglais. Des parents profs de français, des vacances sur le continent étant enfant, des études de français. C'est vrai qu'il aime (beaucoup) la France. Et plus précisément Flaubert (on se souvient du "Perroquet de Flaubert"), mais aussi le Tour de France, Brassens, Brel, Godard, Truffaut, etc.

Ce livre est un hommage à toutes ces passions qui l'ont suivi tout au long de sa vie. C'est un livre qu'on picore, qu'on déguste au gré de ses envies. Romancier ou essayiste, Julian Barnes est décidément un écrivain charmeur !

 

WERBOWSKI, Tecia

Ich bin Prager

Les Allusifs

Ne vous y trompez pas, ce livre est bien en français, ou du moins traduit du polonais au français. On se souvient du très beau "Hôtel Polski" du même auteur (l'histoire d'un amour impossible en temps de guerre). Ce bref récit est tout aussi romanesque et aussi bien écrit.

Un Anglais choisit d'aller vivre à Prague (d'où le titre) pendant les années soixante, fasciné par cette ville. Là-bas il va se lier aux dissidents et va vivre, davantage en témoin qu'en acteur (encore que…) les bouleversements historiques.

C'est par petites touches légères que l'auteur nous permet d'approcher à la fois la ville elle-même et le réseau d'étrangers qui y vivent.

Dans le "Magazine littéraire" de janvier, une interview de Brigitte Bouchard rappelle que sa maison d'édition se spécialise dans les textes courts. Et une autre interview, de Sylvie Germain cette fois, permet d'évoquer la rencontre de la romancière avec Tecia Werbowski dans cette Prague qu'elles aiment toutes les deux et où elles ont vécu.

 

GIAFFERRI-HUANG Xiaomin

La montagne de Jade

L'Aube

De la même manière que les écrivains allemands ont beaucoup parlé dans leurs récits du Mur de Berlin, de même chez les écrivains chinois on retrouve ce thème récurrent des camps de rééducation pour intellectuels et citadins.

Dans ce roman, visiblement très autobiographique, l'auteur décrit la vie dans un de ces camps. Lin, collégienne de treize ans, doit suivre ses parents et partir dans un camp dans la Montagne de Jade. Les conditions de vie sont très dures, le confort sommaire, les directives strictes, mais malgré cela, une solidarité existe entre ces adolescents et le tableau brossé n'est pas aussi noir qu'on pourrait l'imaginer.

Il faut dire que l'auteur a réussi à faire des études supérieures et est maintenant professeur à l'université de Nice. On comprend qu'elle regarde cette période avec une certaine nostalgie, mais qu'est-il advenu de sa meilleure amie, aussi douée qu'elle pour les études, mais obligée d'arrêter l'école à quinze ans, au milieu de l'année scolaire, pour faire un mariage arrangé ?...

 

TISSERON, Serge

Comment Hitchcock m'a guéri

Albin Michel

Serge Tisseron, psychanalyste, est surtout connu pour ses ouvrages sur Hergé et Tintin ("Tintin chez le psychanalyste" et "Tintin et le secret d'Hergé"). Dans cet ouvrage c'est lui-même qu'il met en scène en rendant à Hitchcock ce qu'il lui doit, c'est-à-dire la compréhension du mal-être de son enfance.

Pendant longtemps Tisseron a cru être à jamais marqué par la mort de son grand-père alors qu'il avait deux ans. Mais les films de Hitchcock lui font éprouver des émotions violentes jusqu'à ce qu'il découvre que les regards froids des héros hitchcockiens le ramènent au regard de sa mère pendant son enfance, notamment quand il a failli se noyer.

Sa théorie sur le pouvoir des images est vraiment intéressante et chacun peut y trouver des exemples dans sa propre histoire.

 

HACKL, Erich

Le mariage d'Auschwitz

Viviane Hamy

Pendant la guerre d'Espagne, un socialiste autrichien, Rudi Friemel, s'engage dans les Brigades Internationales. Il tombe amoureux de Marga, fille d'un médecin anarchiste espagnol. Mais il veut retourner en Autriche poursuivre le combat et, là-bas, il est rapidement arrêté et déporté à Auschwitz. Alors il fait tout ce qu'il peut pour obtenir que quelqu'un le marie à Marga. Et ça a lieu ! Un mariage est célébré à Auschwitz ! Cela a deux conséquences : donner un côté presque humain aux SS qui ont autorisé ce mariage ; et redonner espoir aux prisonniers qui décident d'organiser une évasion. Mais les fugitifs sont arrêtés et condamnés à mort. Parmi eux se trouvait Rudi.

Erich Hackl, autrichien, né en 1954, a publié plusieurs récits inspirés de faits historiques. Ce livre, écrit à partir d'une documentation nombreuse et précise (c'est tiré d'un fait réel), n'est pas, selon lui, un livre sur Auschwitz mais bien sur les personnages eux-mêmes. Et pour lui donner un côté plus humain et moins documentaire, l'auteur fait parler les personnes qui ont connu Rudi Friemel : sa femme, son fils, sa belle-sœur, ses amis... D'ailleurs un de ses objectifs était de rassembler la famille de Friemel autour de cette histoire qu'ils ne pouvaient synthétiser eux-mêmes.

Malgré sa construction un peu confuse, cet ouvrage est une belle réussite et a certainement été ressenti de façon très forte dans l'Autriche de Haider.

 

RIGONI STERN, Mario

La dernière partie de cartes

La Fosse aux ours

Dans ce récit, l'auteur relate la période de la guerre où il était chasseur alpin. Cette fonction, il l'a prise d'abord par amour de la montagne, et ensuite par tradition familiale. Avec l'entrée en guerre de l'Italie fasciste, il s'est retrouvé combattant malgré lui et, plusieurs décennies plus tard, il essaie de retrouver son état d'esprit d'alors.

Je vous conseille vivement de lire la préface de ce livre par Marie-Hélène Angelini, qui est aussi la traductrice. Elle évoque très bien l'évolution de l'auteur qui n'a compris que peu à peu l'engagement de l'Italie aux côtés de l'Allemagne et les atrocités commises par ses compatriotes. Il a fallu notamment qu'un proche lui "ouvre les yeux". Et, à plus de 80 ans, il éprouve encore le besoin de revivre ces moments et de tenter de comprendre….pourquoi il n'a pas compris tout de suite ! Un livre magnifique d'un très grand auteur.

 

RICE, Ben

Pobby et Dingan

Calmann-Levy

 Si vous avez perdu votre âme d'enfant, ne lisez pas ce merveilleux petit livre. En effet, il faut avoir gardé en tête la fraîcheur et la naïveté de l'enfance pour entrer dans le monde de Kellyanne.

Celle-ci a deux amis imaginaires, Pobby et Dingan, qui la suivent partout, montent avec elle en voiture, s'assoient à côté d'elle à table et à l'école, et aiment le Violet Crumble. Mais un jour où elle les confie à son père, celui-ci les emmène à la mine avec lui et les oublie là-bas (vous suivez ?...)

Pour retrouver Pobby et Dingan, vivants ou morts, il faudra avant tout y croire. Mais chacun de nous n'a-t-il pas ses "amis imaginaires" ? Car ça s'appelle aussi le rêve, l'imagination et peut-être même l'amour...

 

 

MUNYOL YI

L'Ile anonyme

Actes Sud

 Yi Munyol est un des principaux auteurs sud-coréens contemporains ; il s'est fait connaître en France avec son livre "Le Poète". Dans "L'île anonyme" (cinq récits écrits entre 1979 et 1989), ce sont des scènes de la vie quotidienne qu'il décrit avec des héros dont la place sociale est très précise (ouvrière, institutrice, étudiant...).

Une ouvrière est interrogée sur ses relations avec un ouvrier / pseudo étudiant qui aurait abusé de la naïveté de plusieurs femmes.

Une jeune institutrice découvre avec étonnement qu'un vagabond qui n'est pas du tout natif du village, est accepté, nourri et logé par tous les habitants, à tour de rôle. Quel est son rôle exact ?

Un jeune ouvrier a des relation sexuelles avec une jeune fille très libre. Quand il veut la fréquenter sérieusement, il se rend compte que c'est une jeune fille de bonne famille qui jouait un double jeu.

Avec la mort du vieux chapelier, c'est un peu le passé du village qui meurt, mais est-ce inexorable ?

Si on ne connaît pas du tout la Corée ou la littérature coréenne (c'est mon cas), il faudra sans doute se plonger davantage dans l'œuvre de Yi pour dépasser le côté manichéen (passé idéalisé / avenir incertain) qui marque un peu trop cet ouvrage.

ROWLING, J.K.

Harry Potter et l'ordre du Phénix

Gallimard

 Ouf, ça y est, j'ai lu les 980 pages du dernier Harry Potter ! Quelques courbatures aux bras, mais une fois qu'on est plongé dedans, c'est vrai qu'on est dans un autre monde et que le transplanage, les chocogrenouilles et le Vif d'or font partie de notre quotidien. On est d'ailleurs tout étonné que ça ne passe pas dans le vocabulaire courant !

L'histoire, vous la connaissez ; juste quelques lignes pour vous donner une idée de l'atmosphère de ce tome cinq.

Le récit à peine commencé, et alors qu'il est encore chez son oncle et sa tante, Harry est attaqué par des Détraqueurs (autre exemple de vocabulaire pottérien... pour les non pratiquants, ce sont des gardiens de la prison d'Azkaban que l'on soupçonne d'être à la solde de Qui-vous-savez. Ca vous éclaire, n'est-ce pas ?...).

Et, davantage que dans les autres livres, Harry va être constamment soumis à des attaques, autant psychologiques que physiques. Ce suspense permanent fait que les 980 pages se dévorent rapidement. A part quelques longueurs dans un ou deux passages (le récit d'Hagrid notamment), il se passe beaucoup de choses à Poudlard. Le côté sombre de la Force (heu... là je me trompe de film...) prend peu à peu le pouvoir au Collège et Harry ne pourra pas lutter seul. En effet il devient adolescent et il est partagé entre le besoin d'être entouré de ses amis et l'envie d'être seul pour y voir clair dans ses pensées qui se bousculent. Il est souvent désagréable, maladroit (les passages avec Cho ne manquent pas d'humour), indécis, coléreux. Bref il grandit et ça ne se fait pas sans heurts.

C'est vrai qu'il y a beaucoup de battage médiatique autour de Harry Potter, mais ce n'est pas pour autant que c'est médiocre, pour ma part je trouve même que ce volume est l'un des meilleurs de la série. Les personnages prennent de la consistance, l'histoire est manichéenne mais les personnages ne le sont pas, et le récit est plein de rebondissements. Et, après la dernière page, je me suis dit "zut, il faudra attendre deux ans avant d'avoir la suite...".

LACHAUD, Denis

La forme profonde

Actes Sud

 

C'est l'été dans cette ville de bord de mer (Nantes / St Nazaire ?) et plus précisément chez les habitants de la rue des Marsouins. Jeunes et moins jeunes habitent là depuis longtemps, ils se connaissent, se fréquentent, se visitent, et on a l'impression de retrouver une grande famille à la Pennac ou à la Picouly. Pourtant, entre les promenades à la plage, les flirts, les dîners en famille ou chez les voisins, "des drames se nouent" comme diraient les journalistes ! Des flirts, oui, mais aussi des sentiments de solitude, d'abandon, de rejet. La vie de famille, oui mais aussi la tentation de l'inceste. L'adolescence, et avec elle la violence et le sexe forcé.

En fait c'est vraiment à des films de Rohmer que me fait penser ce roman. La narration très hachée accentue cette impression de morceaux de vie attrapés çà et là, bonheurs, drames, malentendus, violences. En effet, comme dans "Pauline à la plage" ou "Conte d'été", les personnages se croisent et s'entrecroisent, et l'apparente légèreté n'est que le reflet de la dureté de la vie.

C'est le deuxième roman de Denis Lachaud. Celui-ci, après "J'apprends l'allemand", traite d'un sujet très différent mais on retrouve quand même le thème de l'adolescence et de l'"apprentissage" de la vie, propre à cet âge

LACHAUD, Denis

J'apprends l'allemand

Actes Sud

Voilà un très beau roman sur la recherche des origines, sur les secrets de famille et sur la culpabilité allemande.

La famille Wommel est allemande mais elle s'est installée en France et renie, ou du moins essaie d'oublier son pays. Ernst choisit d'apprendre l'allemand au collège et, à l'occasion d'un échange linguistique, il découvre l'Allemagne et le passé du grand-père de son correspondant, ancien gardien à Dachau. Ce sera pour lui le déclic qui lui fera chercher son passé à lui.

Très beau récit qui, en effet, peut aussi être lu par des adolescents pour mieux comprendre l'Allemagne de l'après-guerre.

 

 

VIGOUROUX, François

Le secret de famille

Hachette

 

Toutes les familles ont leurs zones d'ombre, enfants naturels cachés, divorces dissimulés, paternités douteuses, notamment au 19e et au début du 20e alors que le "qu'en dira-t-on" était important. Mais les impacts psychologiques sur les descendants sont nombreux et c'est ce que François Vigouroux a voulu montrer.

Psychologue et romancier, il retranscrit ici quelques-unes des histoires qui lui ont été racontées. Générations qui se mêlent, répétitions de situations, incestes, ce sont des forces inconscientes qui font naître ces secrets de filiation, et la douleur est d'autant plus vive que le secret reste enfoui. Le travail de l'auteur a été de donner du sens à ces événements et d'apprendre à vivre avec plutôt que de continuer à les dissimuler

 

 

PAASILINNA, Arto

Petits suicides entre amis

Denoël

 Lorsque Onni décide de se suicider dans une grange isolée, rien n'allant plus dans sa vie, la place est déjà prise par le colonel Kemppainen, autre candidat au suicide ! Après quelques heures de discussion, quelques verres d'alcool et quelques moments passés ensemble, ils se disent qu'ils ne doivent pas être les seuls en Finlande à nourrir de sombres pensées et à souhaiter se suicider. Peut-être pourrait-on rassembler ces malheureux pour partager cette infortune ? Aussitôt dit... Et l'auteur nous entraîne dans une suite d'aventures plus loufoques les unes que les autres avec ces candidats au suicide qui, avant de trouver l'endroit idéal pour se tuer, passeront de longs (et de bons) moments ensemble.

Ce livre est, paraît-il, recommandé par les psychiatres finnois à leurs patients dépressifs. C'est vrai que l'humour, la dérision et l'absurde y font des merveilles et on se dit, nous aussi, à la fin de cette lecture, que "La vie est belle".

OGAWA, Yoko

Hôtel Iris

Actes Sud

  Après "Le musée du silence", je me suis replongée dans l'univers de Yoko Ogawa. Dans ce roman, Mari, jeune fille vivant seule avec sa mère à l'hôtel Iris, est fascinée par un client qui sort d'une chambre et se dispute avec une prostituée. Presque malgré elle, elle suit cet homme solitaire qui vit dans une île, et entre eux se noue une relation étrange faite de tendresse et de sado-masochisme. Les scènes quotidiennes de leurs rencontres amicales succèdent aux scènes d'amour violentes mais toujours décrites avec une certaine pudeur. On est fasciné par la relation de cette étrange liaison qui est relatée avec délicatesse malgré le sujet difficile, et qui évolue inéluctablement jusqu'au douloureux crescendo final.

 

OGAWA, Yoko

Le musée du silence

Actes Sud

 J'avais lu de nombreux textes sur Zazieweb à propos de Yoko Ogawa, ça m'avait donné très envie de lire ses romans, et là, avec "Le musée du silence", je suis tombée sous le charme.

La construction d'abord. Je dois dire qu'avec cette rentrée littéraire j'avais une overdose de procédés narratifs alambiqués. C'est à qui noierait le plus le lecteur par ses constructions en abîme, ses allers-retours entre passé et présent, et ses voix différentes changeant à chaque chapitre ! Ce sont des procédés qui se sont, semble-t-il, multipliés ces dernières années, la raison en est sans doute le développement des ateliers d'écriture (pour professionnels). Bref, tout ça pour dire que dans "Le musée du silence", la narration est linéaire, on commence par le début de l'histoire, on continue par la suite et on termine par la fin ! Et ça n'empêche pas le roman d'être excellent !

Il faut dire qu'il y a une histoire à la limite du fantastique qui devient très vite envoûtante et qu'on n'a pas envie de quitter.

Un jeune muséographe est recruté par une très vieille dame pour créer un musée des plus curieux : un musée du silence où seront exposés les objets caractérisant chaque personne morte dans ce village, et cela depuis que la vieille dame a recueilli le sécateur d'un jardinier tombé mort à côté d'elle quand elle était jeune. Donc, en plus d'organiser et de répertorier tous les objets déjà recueillis, notre muséographe doit lui-même aller chercher un objet caractérisant chaque nouveau mort dans le village, il doit donc essayer de comprendre qui était cette personne puis réussir à subtiliser discrètement l'objet choisi. Le musée se construit peu à peu, aussi bien le bâtiment que les collections, et ce qui paraissait étrange au début au jeune homme (et au lecteur) devient peu à peu tout à fait quotidien. D'ailleurs la mort paraît moins menaçante quand on peut y associer un objet, et les morts moins lointains quand on peut se les remémorer en regardant ces souvenirs.

Très orientale sans doute la philosophie de cette histoire, pourtant le roman est plus intemporel et universel que japonais, et on imaginerait bien qu'il se passe en Europe (aucun nom de personnage ni de lieu n'apparaît). Quant à la fin, si elle est attendue, c'est qu'elle clôt logiquement ce récit qui bascule doucement dans une atmosphère un peu fantastique tout en gardant les repères du quotidien

 

GALLAGHER, Dorothy

Un drôle d'héritage

Autrement

Je ne sais pas pourquoi, mais les juifs new-yorkais qui racontent leurs histoires de famille, j'adore ; Philip Roth, Jérôme Charyn, I.B. Singer, Woody Allen.

Dorothy Gallagher est bien dans cette veine-là. Affublée d'une famille nombreuse et traditionnelle, elle a mille et une histoires à nous faire découvrir. L'arrivée en Amérique, le communisme omniprésent, les tantes un peu folles, les querelles de famille, les secrets bien gardés. Malgré la pauvreté et les malheurs, on a l'impression qu'il se passe toujours quelque chose chez eux, et on lit chaque chapitre avec jubilation.

 

 

CARVER, Raymond

Parlez-moi d'amour

LGF

 "Parlez-moi d'amour" nous dit Raymond Carver, mais plus facile à dire qu'à faire ! Couples à la dérive, retrouvailles d'un père et de son fils, amitiés qui se défont, jeune couple qui se cherche, vieux couple qui essaie de se retrouver... Pas de scènes dramatiques, seulement la vie (presque) quotidienne et ses aléas. C'est sobre, minimaliste, bouleversant, souvent désespéré. A lire absolument comme tous les recueils de nouvelles de Raymond Carver. 

 

 

McLIAM WILSON, Robert

La douleur de Manfred

Christian Bourgois

La douleur de Manfred, on la prend en pleine figure ! Douleurs physiques de ce vieil homme, l'abdomen, le pancréas, tout est douloureux et lui annonce sa mort prochaine. Douleurs morales, les plus nombreuses. Pourquoi continue-t-il depuis vingt ans à rencontrer son ex-femme une fois par mois sur un banc à Londres ? Pourquoi l'annonce de la naissance d'un enfant chez son fils lui est-elle aussi insupportable ? Pourquoi l'amour fou qu'il avait pour sa femme s'est-il transformé en ce déchaînement de violence, et pourquoi l'a-t-elle accepté ? Ces questions, Manfred se les pose, nous les pose, pendant les derniers jours de sa vie.

La description minutieuse de son délabrement physique où il semble expier sa culpabilité, l'évocation de sa jeunesse et de son engagement dans la guerre, sa judéité (question centrale), son amour fou, tout est là pour créer un climat fort et oppressant qui vous "scotche" au récit malgré le malaise et la douleur qu'elle provoque aussi chez le lecteur. "Eureka street" et "Ripley boogle", de ce jeune auteur irlandais, avaient secoué le monde littéraire il y a quelques années, je n'ai qu'une hâte : les lire.

CAMERON, Peter

Là-bas

Rivages

Omar, étudiant dans le Kansas, a obtenu une Bourse pour sa thèse sur l'écrivain Jules Grund. Ses ayant-droits refusant de lui donner l'autorisation d'écrire sa biographie, il se décide alors à aller les voir directement en Uruguay. Mais en arrivant "là-bas", il se trouve confronté à des nœuds familiaux inextricables. Caroline, la veuve de Jules, vit dans une aile de la maison et passe son temps à copier des tableaux. Arden, la compagne des dernières années de l'écrivain, habite dans la même maison. Et Adam, le frère, occupe un moulin au bout de la route avec son jeune compagnon, Pete. Omar bouscule sans le vouloir le fragile équilibre qui faisait cohabiter tant bien que mal cette "famille". Chacun doit se positionner sur la question d'autoriser ou non cette biographie, des questions sont posées, des non-dits soulevés. Bref, Omar servira de catalyseur pour que chacun puisse enfin sortir de ce huis clos et faire ce qu'il a envie de faire.

Peter Cameron réussit à faire un roman passionnant qui commence comme un "roman universitaire" et continue comme une comédie de mœurs douce-amère, façon Stephen McCauley ou Michael Cunningham. Cette génération d'écrivains homosexuels nous offre des romans psychologiques pleins de finesse où les rapports humains, l'amour, la mort, les autres, sont décrits sans caricature et avec une mélancolie vraiment très attachante

CLAUDEL, Philippe

Trois petites histoires de jouets

Virgile

Nouveau

Les jouets en bois ont tous une histoire, en tout cas ceux que Philippe Claudel a découverts dans les "Musées des techniques et cultures" de Franche-Comté. Pierrot larmoyant qui a jadis accompagné un petit garçon vers un funeste voyage. Voitures miniatures qui permettent d'évoquer la mégalomanie d'un industriel très "flaubertien". Et enfin le travail du bois et le drame d'un tourneur, mutilé pendant la première Guerre mondiale.

La petite musique de Philippe Claudel est toujours présente pour évoquer avec nostalgie un passé pas forcément rose.

 

CLAUDEL, Philippe

Les petites mécaniques

Mercure de France

Après voir lu "Les âmes grises", j'avais envie de rester avec cet auteur et, je dois dire, de retrouver ce genre d'écriture très précise qui décrit très minutieusement les êtres et les lieux et crée une atmosphère opaque. Aussi, quand j'ai commencé "Les petites mécaniques", j'ai été très surprise par le changement de style et de sujet ! En fait le sujet induit le style : ces contes, médiévaux pour la plupart, nécessitent moins de descriptions minutieuses, la narration est plus fluide, l'histoire, souvent très symbolique, est essentielle, et on attend la chute ou la morale à la fin.

Ces nouvelles sont toutes intéressantes et quelques unes carrément inoubliables. Dans "Les confidents", une comtesse fait un rêve qui la saisit tellement qu'elle essaie de retrouver tous ses ingrédients dans la vie réelle, puis dans des tableaux qu'elle fait peindre, et enfin dans un rêve ultime. Dans "Paliure", un gardien de musée qui déteste la peinture est obsédé par le mot "paliure" et, quand il tombe pour ne pas se relever, c'est devant un Christ d'Antonello de Messine qu'il murmure "paliure" sans se rappeler que les paliures sont des arbrisseaux appelés aussi "épines du Christ"... Ce recueil a obtenu la bourse Goncourt de la Nouvelle 2003.

CLAUDEL, Philippe

Les âmes grises

Stock

Pendant la première guerre mondiale, dans l'Est de la France, à quelques kilomètres des combats, un village vit sa vie de village. Le narrateur, policier, est âgé maintenant et il se souvient. Du procureur, personnage hiératique, habitant le Château. Du juge, autre figure du village. Du cafetier, de l'instituteur, des clivages sociaux qui induisent les comportements…La vie quotidienne, quoi, ni noire ni blanche, grise justement comme les âmes. Pourtant deux meurtres, celui de la petite fille de dix ans du cafetier, et celui de la jeune institutrice remplaçante, vont assombrir l'atmosphère. Le narrateur rencontre des habitants qui ont connu ces "affaires" et les souvenirs affluent….

A partir de petits riens, de faits de la vie quotidienne, toute l'époque est restituée. Pas de sentimentalisme ni de passéisme, juste la description minutieuse des faits et gestes de chacun, et le village se recrée sous nos yeux comme un film en noir et blanc. Car Philippe Claudel aime le concret et dans ce récit où passé et présent s'enchevêtrent, les vies et les faits apparaissent nettement sans pour autant être toujours expliqués.

Ce récit tout en nuance est pour moi un des meilleurs livres de la rentrée et ce ne serait que justice s'il avait un prix…mais on me glisse qu'il est édité chez Stock, et pas chez GalliGraSeuil….

SCHRODER, Adolf

La partie de cartes

Flammarion

Markus Hauser, étudiant en philo oisif, trouve un petit travail pendant six jours. Une vieille dame seule a besoin de lui. Dans sa grande maison fermée pleine de chats, une pièce est remplie de courrier. Markus doit le trier par date, puis la vieille dame le brûle. Le jour où elle est retrouvée morte, on trouve une mallette pleine de billets chez Markus et celui-ci est soupçonné de l'avoir assassinée. Mais la vérité est plus mystérieuse et plus tragique.

Ce petit récit captive dès le début car on devine dès les premières pages que le dénouement sera dramatique. Avec une écriture sobre et sans effets appuyés, l'auteur (écrivain et auteur dramatique allemand) crée une ambiance originale sur les secrets de famille, sur la mémoire et sur l'Histoire.

N'était la construction qui m'a un peu agacée (la juxtaposition systématique de paragraphes se passant pendant le temps du récit, et d'autres se passant quelques jours avant,…on avait compris…), je le mettrais volontiers à côté des très beaux "petits récits avec retour sur le Passé" comme "Effroyables jardins", "Le liseur" ou "Inconnu à cette adresse".

CHARRAS, Pierre

Dix-neuf secondes

Mercure de France

Pierre Charras réussit en 144 pages à nous raconter une histoire qui commence comme une histoire d'amour et finit comme un thriller. Temps réel du récit : dix-neuf secondes. Gabriel est assis à la station Nation et attend de voir si Sandrine va ou non descendre de la troisième voiture du RER qui arrive. C'est leur dernière chance. Ils ont décidé de se quitter. Si Sandrine descend de cette voiture, elle est d'accord pour laisser une dernière chance à leur histoire d'amour. Si elle n'y est pas... Mais c'est dans la deuxième voiture qu'il se passe quelque chose, ou plutôt qu'il ne sa passe rien, sauf dans la tête des quatre ou cinq passagers qui ont chacun leur histoire. Gabriel, Sandrine, les passagers. Ca sonne, les portes vont se fermer.

C'est fou ce qu'il peut se passer dans la tête des gens en dix-neuf secondes ! De l'humour, de l'amour et du suspense, on le lit d'une traite avec beaucoup de plaisir. Le Prix Fnac 2003 a été attribué le 11 septembre à Pierre Charras pour son roman "Dix-neuf secondes". Le Prix du Roman Fnac est décerné à la fois par des libraires et des lecteurs. Le jury est composé de 300 libraires et de 300 adhérents de la Fnac

KHADRA, Yasmina

Cousine K

Julliard

Tout est de sa faute, de la faute de cousine K qui ne l'a pas laissé l'aimer comme il le voulait. Personne ne le comprend, surtout pas sa mère, pourtant il avait cru que cousine K le ferait exister. Mais rien à faire, personne ne peut le rejoindre dans sa solitude.

Yasmina Khadra nous emporte à la limite de la folie dans ce roman proche du roman noir, à la langue très poétique. Je n'avais lu de lui que la trilogie "Morituri", "Double blanc" et "L'automne des chimères" (polars très noirs situés en Algérie aujourd'hui), ce roman est une belle découverte.

Depuis quelques années, Mohamed Moulessehoul, écrivain et par ailleurs commandant dans l'armée algérienne, signait ses romans d'un pseudonyme féminin, Yasmina Khadra. A l'occasion de la parution de ses derniers livres, il a révélé son identité. Il vit actuellement en exil.

SALVAYRE, Lydie

Passage à l'ennemie

Seuil

L'inspecteur Arjona vient d'infiltrer une bande de délinquants dans le cadre d'une enquête sur les trafiquants de stupéfiants, et il rédige régulièrement des rapports à sa hiérarchie relatant minutieusement la progression de son travail. Au départ d'une facture très administrative, les rapports deviennent peu à peu plus fantaisistes, jusqu'à prendre complètement le parti des délinquants contre la police ! Il faut dire que l'usage intensif du haschich et la présence de la belle Dulcinée y sont pour beaucoup !

Lydie Salvayre nous a habitués à des romans très différents les uns des autres, "La compagnie des spectres", "La conférence de Cintegabelle", "Les belles âmes", au point que l'on a l'impression qu'elle se donne à chaque fois comme défi de réaliser un exercice de style. C'est vrai que ça se lit bien, que l'humour est omniprésent et on se dit qu'elle a dû bien s'amuser en écrivant ce récit ! Ce n'est pas inoubliable mais, après tout, il n'y a pas tellement de livres drôles, alors pourquoi pas ?

BESSON, Philippe

Un garçon d'Italie

Julliard

On vient de découvrir le corps de Luca au fond de l'Arno. Trois personnages vont nous faire entrer dans cette histoire. Luca, mort, mais qui regarde d'un air attendri et amusé ce qui se passe "en bas". Anna, sa compagne, qui va essayer de comprendre pourquoi Luca est mort (accident, suicide, assassinat ?). Et Léo, jeune homme séduisant, qu'on voit souvent traîner aux abords de la gare. Anna et Luca. Luca et Léo. Deux personnes ont aimé Luca, et ces deux personnes vont dire leur souffrance d'une façon tragique et pudique à la fois. Très beau roman à trois voix sur les sentiments, la passion et la mort.

BESSON, Philippe

Son frère

Julliard

On a déjà beaucoup écrit sur ce texte bouleversant. Le narrateur accompagne son frère Thomas pendant ses derniers mois. L'annonce de la maladie, l'hôpital, les traitements, l'hôpital, toujours l'hôpital. Et la maison de St Clément des Baleines, à l'Ile de Ré, où ils ont passé leurs vacances quand ils étaient enfants. L'approche de la mort est terrible, Thomas est lucide et désespéré, son frère l'accompagne jour après jour alors que les proches s'éloignent ou ne supportent pas.

Ce récit est bouleversant du début à la fin, sans pathos, aussi bien du côté de Thomas que de celui du narrateur 

 

LEHMANN, Christian

Tant pis pour le Sud

Ecole des loisirs

 

Céline n'aime pas le Sud, le sud de la France, éternelles vacances toujours au même endroit. Cependant cette année elle se propose d'y aller car elle veut savoir pourquoi son cousin Julien s'est suicidé quelques semaines plus tôt. Toute la famille accuse les jeux de rôle auxquels Julien s'adonnait avec passion depuis quelque temps. L'enquête qu'elle va mener lui fera découvrir cet univers, mais aussi le milieu politique local, les partis xénophobes, et le comportement lâche des adultes.

Bien qu'il soit édité dans la collection Medium de l'Ecole des Loisirs qui est une collection pour adolescents, "Tant pis pour le Sud" est un roman d'une grande qualité littéraire qui aborde des sujets très durs et il peut être lu avec plaisir par des lecteurs adultes.

LEHMANN, Christian

No pasaran le jeu

Ecole des loisirs

Thierry, Eric et Andreas sont trois adolescents fous de jeux vidéo. Pendant une visite dans une boutique à Londres, le vendeur, un vieux monsieur, après avoir vu la décoration métallique d'Andreas, leur donne un jeu et leur ordonne d'y jouer. Mais ce jeu s'avère être davantage qu'un simple jeu vidéo, il va presque leur ouvrir les portes de l'enfer !

Comme dans "Tant pis pour le Sud", Christian Lehmann mêle les préoccupations actuelles des adolescents (informatique, jeux, amitié, lycée) avec le danger toujours présent des groupuscules néo-nazis et propose vraiment de la très intéressante littérature "jeunesse" (c'est dans la collection Medium de l'Ecole des Loisirs).

LEHMANN, Christian

Une éducation anglaise

L'Olivier

Christian Lehmann est surtout connu comme auteur jeunesse. Dans ce récit autobiographique, il retrace ses années d'adolescence entre 12 et 16 ans où, enfant timide et malingre, il lisait absolument tout ce qui lui tombait sous la main, de Camus à Spirou en passant par la science-fiction. Pas de sentimentalisme dans ses descriptions, plutôt une évocation de sa famille bourgeoise et des personnages marquants qui la composaient.

La rupture vient quand il commence à aller régulièrement en Angleterre chez sa cousine. C'est là qu'il découvre les libraires et les disquaires anglais, véritables cavernes d'Ali Baba dans les années 68-70, et des passionnés de science-fiction avec lesquels il fait enfin partie d'une bande. C'est aussi la période où il comprend que sa cousine est mariée à un homme alcoolique et violent, il doit la soutenir mais aussi se taire ("ça ne se dit pas"), et cette situation va le faire passer de l'enfance à l'âge adulte par les réflexions qu'elle lui inspire.

Ce récit est un véritable roman d'apprentissage, un des meilleurs que j'ai lus, et il est écrit dans une langue riche et brillante. Bref c'est un véritable plaisir de lecture et il donne envie de lire les autres ouvrages de l'auteur

OLIVIER, Christiane

Les enfants de Jocaste. L'empreinte de la mère

Denoël

Ce livre date de 1980 et l'auteur a été une des premières à faire entendre une voix féministe dans le domaine de la psychanalyse. Prenant le contre-pied de Freud qui basait tout le développement de l'enfant sur le complexe d'Œdipe, Christiane Olivier insiste sur l'importance de la mère (Jocaste), une mère souvent omniprésente auprès de l'enfant pendant ses premières années. Et cette proximité influe, selon elle, sur tout le développement affectif et sexuel du garçon (trop proche de la mère, il aura du mal à s'en détacher et essaiera de ne pas recréer des liens aussi symbiotiques avec les femmes, voire même deviendra misogyne…), et de la fille (moins désirée que le garçon par la mère, en rivalité avec elle pour l'amour du père, elle sera longtemps en conflit avec sa mère et en manque de reconnaissance et d'affectivité).

L'évolution de la société a été telle ces vingt dernières années que les pères se sont montrés beaucoup plus présents auprès de leurs enfants. Cela aura-t-il des conséquences importantes sur le développement à la fois du garçon et de la fille ? Il faudrait "Les enfants de Jocaste, vingt ans après"…

DOLTO, Françoise

Autoportrait d'une psychanalyste

Seuil

Dans cette suite d'"Enfances", Françoise Dolto décrit son parcours de psychanalyste en s'arrêtant sur quelques étapes importantes de sa vie. Ses premières expériences de médecin, sa rencontre avec la maladie mentale dans la "clinique du Dr Blanche", la vie de famille, la découverte de la psychanalyse. La popularité qu'elle a acquise grâce à ses entretiens radiophoniques a parfois dévalorisé son travail de psychanalyste, pourtant elle a fait partie des proches de Lacan et elle a suivi celui-ci dans ses conflits avec ses confrères. Ce livre est intéressant car il met en parallèle la vie de Françoise Dolto et l'influence que la psychanalyse a eue sur son déroulement, la démarche est assez rare, d'autant plus qu'elle sait rendre vivants et pleins d'humour ses souvenirs de toute une vie.

 

DOLTO, Françoise

Enfances

Seuil

Quand on lit le récit de l'enfance de Françoise Dolto, on se dit qu'elle n'est pas passée loin de la psychose et que c'est un miracle qu'elle soit devenue pédiatre et psychanalyste, "médecin d'éducation" comme elle disait. La famille bourgeoise où elle naît l'étouffe littéralement, tout est fait pour valoriser les garçons, elle a à peine le droit de passer le Bac, et elle ne peut commencer ses études de médecine qu'à 25 ans. D'ailleurs jusque-là elle n'avait jamais pris un repas en dehors de chez ses parents ou de chez sa grand-mère.

L'épisode le plus connu et le plus terrible est celui-ci : sa soeur aînée étant très malade, sa mère lui demande de prier pour sa guérison. Son seul espoir est qu'une âme pure puisse réaliser un miracle. Françoise, qui fait alors sa Communion, prie mais sa sœur meurt quelques jours après. Sa mère devient presque folle et en veut à Françoise de ne pas avoir assez prié, et d'être là alors que sa sœur est morte ! Terrible poids à porter pour une enfant !

Malgré cela, et c'est ce qui rend le livre vraiment agréable à lire, Françoise était une enfant gaie, à l'esprit vif, et elle avait déjà cette naïveté touchante et cette approche positive des gens, qu'elle gardera toute sa vie. La suite dans "Autobiographie d'une psychanalyste".

DOLTO, Françoise

Père et fille, une correspondance (1914-1938)

Mercure de Fran

Cette sélection de lettres échangées entre Françoise Dolto et son père s'étend sur vingt-quatre ans. Pleine d'admiration et de tendresse pour son père, Françoise Dolto lui reproche de ne pas suffisamment lui parler de ses sentiments à lui et de ses souvenirs d'enfance. Entre eux il y a sa sœur aînée morte à 18 ans, et sa mère, traumatisée par ce deuil, qui va en faire porter le poids à toute la famille (à Françoise et à ses cinq frères). C'est sur le conseil de son père que Françoise commencera une analyse avec René Laforgue et, dans sa dernière lettre, c'est en analyste qu'elle fera le diagnostic de la névrose de sa mère. Cette sélection de lettres complète bien "Enfances" et "Autobiographie" de Françoise Dolto.

GODIN, Jean-Guy

Jacques Lacan, 5 rue de Lille

Seuil

Les questions liées à la succession de Lacan et le mystère entretenu autour de ses séances ont fait oublier l'importance de son travail de psychanalyste. Jean-Guy Godin lui rend hommage dans ce livre. C'est grâce à lui qu'il est à son tour devenu psychanalyste et il se plaît à raconter ces "années Lacan". C'est vrai que la durée des séances était variable, c'est vrai que le tarif variait selon le patient, le jour, l'humeur. Mais l'écoute de Lacan était unique, ses commentaires aussi. Et il ne vivait que par le travail, les cours, les écrits, les séances. Pour Jean-Guy Godin et pour beaucoup d'autres, il était le "Maître" et l'admiration qu'il lui voue transparaît dans ce beau portrait d'un homme et d'une époque.

MURAKAMI, Haruki

Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil

10/18, 2003

Quand Hajime rencontre Shimamoto-san, il a douze ans, elle aussi, ils sont enfants uniques tous les deux, solitaires, sensibles, et ils aiment tous deux les livres, la musique et les chats. La vie les sépare, Hajime grandit, a des petites amies, fait des études, trouve un bon travail. Il épouse même une femme qu'il aime. Mais quelque chose en lui reste insatisfait, comme un manque qu'il ne réussit pas à combler, une complicité perdue et jamais retrouvée. Aussi, quand Shimamoto-san réapparaît dans sa vie…

Ecrit avec subtilité et poésie, ce roman se lit avec beaucoup de plaisir. Murakami excelle dans la narration des sentiments les plus délicats et dans les problèmes de communication entre les êtres. Les retrouvailles sont peut-être un peu trop "cinématographiques" (un soir de pluie, dans un bar de jazz…) pour qu'on y croie complètement, mais on se laisse prendre à ce "Un homme, une femme" japonais.

MURAKAMI, Haruki

Les amants du Spoutnik

(Belfond, 2003)

L'histoire est racontée par K, jeune homme instituteur, plutôt solitaire, très ami de Sumire mais aussi très amoureux d'elle. Mais Sumire ne partage pas cet amour, pour elle il est l'ami, le confident qu'elle peut appeler à trois heures du matin. Elle, ce qu'elle veut, c'est être écrivain, seul métier qui convienne à sa nature exaltée. Pourtant, quand elle rencontre Miu, une femme plus âgée qu'elle, elle accepte de travailler pour elle comme secrétaire car elle en tombe tout de suite amoureuse. Tout cela ne serait qu'une histoire d'amours contrariés assez banale si, au cours d'un voyage en Grèce, Sumire ne disparaissait. Ce sera l'occasion pour Miu de se confier à K…

La simplicité et la poésie du style de Murakami rendent cette histoire très attachante et l'on en sort un peu nostalgiques, émus par la solitude de ses personnages toujours en proie à des désirs impossibles à exprimer et en quête d'un absolu par définition insaisissable.

JENSEN, Vagn Predbjorn

Le phare de l'Atlantide

(Metailié, 2003)

Le phare d'Eilean Mor se trouve sur un îlot au large des Hébrides au nord-ouest de l'Ecosse. Trois gardiens y séjournent en permanence et sont relayés à tour de rôle tous les quinze jours par un quatrième qui débarque avec le bateau à vapeur l'Hesperus. Mais quand celui-ci arrive le 26 décembre 1900, le phare est vide, les trois hommes ont disparu. Le journal de bord ne signale rien de particulier. Que leur est-il arrivé ? Un retour sur le passé de ces trois hommes permettra de mieux connaître les raisons qui les ont poussés à être gardiens de phare et à devenir les acteurs de ce huis-clos dramatique au milieu de l'océan.

Un beau récit un peu étrange d'un auteur danois.

ENQUIST, Anna

Les porteurs de glace

Actes Sud, 2003

Lou et Nico sont mariés mais ne communiquent plus guère ensemble, ni sur le départ subit de leur fille il y a quelques mois, ni sur le travail de prof de Lou, ni surtout sur celui de chef de service d'hôpital psychiatrique de Nico. Ce dernier est psychiatre et, dans sa vie personnelle comme dans son travail, il privilégie l'action aux sentiments, le soin à la thérapie, et, souvent, le silence à la parole. Aussi cette façon de concevoir la vie se révèlera-t-elle catastrophique dans sa vie privée comme à l'hôpital.

Comme dans ses deux précédents romans, Anna Enquist dissèque les névroses familiales en psychanalyste qu'elle est. On regrettera toutefois une fin attendue et un peu précipitée, en effet le sujet aurait mérité d'être développé plus longuement.

ENQUIST, Anna

Le chef d'oeuvre

(Actes Sud)

Le peintre Johan Steekamer prépare une grande exposition qui devrait lui apporter la consécration. A l'issue du vernissage, un grand dîner familial doit être organisé qui doit rassembler Johan, Oscar son frère critique d'art, Alma leur vieille mère tyrannique. Et surtout Charles, leur père, peintre, parti depuis quarante ans aux Etats-Unis. La préparation de ce vernissage est un implacable crescendo dramatique qui met en scène le naufrage familial. Jalousie, démission, manipulation, trahison, toutes les névroses nées au sein de la famille sont admirablement décrites par Anna Enquist qui, on ne s'en étonnera pas, est aussi psychanalyste.

SALTER, James

Un sport et un passe-temps

(L'Olivier)

 

Une fois n'est pas coutume, je vais reproduire une partie de la quatrième de couverture qui fait un très bon résumé de ce roman. "En 1967 James Salter publie un court roman dans lequel il raconte les amours d'une jeune Française et d'un étudiant américain. De quoi s'agit-il ? De chambres d'hôtel à la tombée du soir, d'après-midi pluvieux, de mensonge, de plaisir, de gêne, d'impudeur. D'une Delage glissant silencieusement dans la nuit entre Paris et Autun. D'ennui et d'exaltation".

Ce roman est à la fois plein de fraîcheur (la province française, la passion charnelle). Et plein de perversité ; comme les héros de Fitzgerald, celui de Salter (c'est en partie autobiographique) se "regarde vivre" et garde toujours une distance avec la relation qu'il entretient avec cette jeune femme. "Toute la joie d'Anne-Marie vient de ce qu'elle espère qu'ils n'en sont qu'au commencement, que ce qui les attend c'est le mariage, et adieu Autun ; alors qu'il se figure exactement l'inverse, comme le négatif à partir duquel ses rêves à elle sont tirés. Pour Dean, chaque heure est bouleversante parce qu'elle le rapproche de la fin".

Fraîcheur, perversité, mais surtout mélancolie et solitude profonde.

DELERM, Philippe

Sundborn et les jours de lumière

(Gallimard)

Ulrik est critique d'art, mais il est surtout fasciné par les peintres. Par la belle Julia. Par Carl Larrson, par sa femme Karin, par August Strindberg. Du bord du Loiret à la Suède, leur inspiration évolue mais reste toujours proche de la nature et l'oeil d'Ulrik restitue bien l'atmosphère de leur peinture et les aquarelles impressionnistes de l'Europe du Nord. Biographie romancée et intimiste de Carl Larrson.

 

DORRESTEIN, Renate

Un coeur de pierre

(10/18, 2003)

Une famille, quatre enfants, des parents très amoureux l'un de l'autre, et soudain tout bascule après la naissance d'un autre enfant. La mère déprimée après la naissance, le père rejeté, les enfants ignorés. Ce n'est qu'une fois adulte qu'Ellen pourra raconter l'horreur de ce qui s'est passé cette journée d'hiver.

Un peu réticente au début car je connaissais l'histoire et je craignais vraiment le mélo, je dois dire que j'ai été étonnée par le style de Renate Dorrestein, écrivain contemporain des Pays-Bas. Elle réussit à décrire sans outrance l'ambiance de folie qui se met en place peu à peu au sein de la famille et à tenir le lecteur en haleine jusqu'au terrible dénouement.

  

MARANI, Diego

Nouvelle grammaire finnoise

Rivages, 2003

 

A Trieste en 1943, un homme blessé est recueilli à bord d'un navire hôpital militaire. Il a perdu la mémoire et ne possède sur lui qu'un vêtement avec une étiquette et ce nom, Sampo Karjalainen. Le médecin qui s'occupe de lui est d'origine finnoise et il va s'attacher à lui parler cette langue afin de lui redonner son passé. Sampo partira en Finlande afin d'essayer d'y retrouver ses racines, mais le chemin est difficile...

Un beau premier roman d'un auteur italien sur le thème de la mémoire et de la langue maternelle. Ce thème n'est pas sans rappeler le film du cinéaste finnois Kaurismaki "L'homme sans passé", ainsi que "Black-out", roman de Fredrik Skagen aux éditions Gaïa, où les héros, en perdant la mémoire, perdaient aussi leur statut dans la société.

MINGARELLI, Hubert

Hommes sans mère

Seuil

Nouveau

L'univers de Mingarelli est décidément un univers masculin. Ici encore, comme dans "Quatre soldats" ou "La beauté des loutres", c'est une histoire de fraternité et de solidarité entre des hommes.

Homer et Olmann profitent d'une escale de leur bateau pour s'éloigner de leurs camarades et essayer d'atteindre un bar dans la montagne. Là-bas ils essaient de trouver un peu d'amitié virile avec les clients et un peu de tendresse avec les filles.

Le fait que ni le lieu ni l'époque ne soient mentionnés, donne à ce très beau récit, comme aux autres de l'auteur, une dimension philosophique ; comme si le destin de ces hommes s'accomplissait là sans qu'on puisse rien y changer. Le style, épuré et dépourvu de toute psychologie, accentue encore l'aspect magique de ces romans qu'on pourrait croire tirés de tragédies grecques.

 

MINGARELLI, Hubert

La beauté des loutres

Seuil

Horacio et Vito doivent aller vendre des moutons dans une région montagneuse voisine. Ils partent en camion, le voyage paraît interminable, les moutons s'agitent, la neige tombe, il faut mettre ces f… chaînes... Sans mièvrerie, sans pathos, Mingarelli nous décrit comme d'habitude une tranche de vie quotidienne très concentrée et la cohabitation de deux êtres plutôt taciturnes. Ecriture minimaliste, récit intemporel….le charme opère toujours.

 

MINGARELLI, Hubert

Quatre soldats

Seuil, 2003

 

Ca se passe en 1919 dans l'Armée Rouge sur le front roumain, mais ce pourrait être pendant n'importe quelle guerre. Quatre soldats, très jeunes, essaient de survivre tant bien que mal en formant un "clan", en évoquent leurs souvenirs, en partageant des moments ensemble qui formeront peut-être plus tard eux aussi des souvenirs. Le tabac (rare), le thé (encore plus rare), le froid, l'angoisse. Mais aussi la présence des autres, la communication, souvent maladroite entre eux, les rites qu'ils s'inventent.

Comme toujours dans les livres de Mingarelli, c'est la relation entre les êtres qui est primordiale, le roman est situé géographiquement et temporellement mais ce qu'il exprime est universel et intemporel. C'est un roman magnifique, tragique et épuré, et certainement ce que j'ai lu de plus intéressant cette année.

MINGARELLI, Hubert

Une rivière verte et silencieuse

Seuil

Comme toujours dans les romans de Mingarelli, ce n'est pas tant l'intrigue qui importe que l'atmosphère intimiste et poétique qui s'en dégage. L'histoire est minimaliste. Un père et son fils, restés seuls, affrontent la pauvreté et la solitude en rêvant sur des graines semées dans des pots et qui doivent devenir des rosiers, être vendus et rapporter un peu d'argent. Ces plants de rosiers sont le point de départ de tout l'imaginaire du garçon qui pense à ce qu'il pourra acheter avec cet argent, pas des babioles, non, plutôt un bout de tunnel dans un champ de céréales ou un morceau de rivière "verte et silencieuse". Le style épuré de Mingarelli permet de mettre en valeur les rêveries du garçon ainsi que les sentiments profonds mais cachés avec pudeur du père et du fils l'un pour l'autre.

MINGARELLI, Hubert

Le jour de la cavalerie

Seuil

L'intrigue de ce roman est très ténue : un dialogue, ou plutôt un monologue entre Sam et une vieille dame paralysée et muette dont il s'occupe. Dans cette ferme des Etats-Unis, tout tourne autour du travail, de l'élevage, des jalousies aussi, des rancunes. Et quand Homer, puis Chester, arrivent, chacun doit prendre ses marques.

En une centaine de pages et dans un style minimaliste, Mingarelli réussit à créer une atmosphère étrange et oppressante dans un huis-clos pesant et inquiétant.

 

 

HAIEN, Jeannette

La pêche au saumon

Joëlle Losfeld, 2003

Si vous voulez tout savoir sur la pêche au saumon, ses lancers et ses mouches (Hairy Mary, Stoat's Tail ou Silver Doctor), lisez ce roman ! Mais ce n'est pas non plus un traité de pêche. Le père Declan, pendant qu'il essaie d'attraper des saumons, pense aux aveux que lui a faits Enda, une de ses paroissiennes dont le compagnon vient de mourir. Enda et Kevin avaient un secret qui peut être révélé maintenant : enfance dévastée, fuite, mensonges... Bien que cette vie soit entachée par le péché, le père Declan va peu à peu s'attacher à Enda et lui pardonner. Un peu trop mélo à mon goût, mais bien raconté quand même !

Titre : La pêche au saumon | Auteur : Jeannette Haien | Editeur : Losfeld (Joelle)

YAMADA, Eimi

Amère volupté

(Picquier,

L'auteur avait 26 ans lorsqu'elle a écrit ce livre qui a fait scandale au Japon à sa parution. L'histoire tourne autour de la relation entre la narratrice, une prostituée, avec Spoon, un GI black américain qui a déserté. Une très forte passion charnelle les unit. Pourtant les scènes d'amour ne sont pas très nombreuses, c'est l'atmosphère tout entière qui est chargée de cette passion, les cinq sens sont omniprésents pour nous faire ressentir le désir de la narratrice pour Spoon. Les références culturelles sont essentiellement américaines (Thelonious Monk, Chet Baker, l'utilisation d'expressions américaines) aussi cette relation n'apparaît-elle pas très "japonaise", plutôt intemporelle et occidentale. C'était le premier roman de l'auteur, un premier roman sans doute très autobiographique.

OLMI, Véronique

Numéro six

(Actes sud, 2002)

En apparence tout est parfait ! Le père, médecin, ancien militaire, la mère au foyer, la bonne espagnole, les six enfants élevés selon les règles strictes de la bourgeoisie catholique provinciale. Pas de violence, non, pas d'histoire sordide, pas d'inceste. Juste le manque d'Amour avec un grand A.

Quand Fanny naît, son frère aîné a vingt ans et ses parents vont davantage s'intéresser à la carrière et au mariage des grands qu'à la petite dernière. Elle reste le numéro six, elle qui admire tellement son père et aimerait tellement être remarquée de lui. Ce n'est qu'à cinquante ans, alors que son père, veuf, très âgé, est presque dépendant, qu'elle aura l'impression, en s'occupant de lui, d'être quelqu'un à ses yeux.

Ou les ravages de la bourgeoisie catholique bien-pensante sur l'enfance d'une petite fille. Par l'auteur du très dur "Bord de mer".

TREMBLAY, Michel

Hôttel Bristol New York

Actes Sud

Nouveau

Michel Tremblay est un auteur que j'ai découvert l'an dernier et dont j'ai lu plusieurs livres à la suite, tant je voulais rester dans son univers. Même romancés, ses récits sont en grande partie autobiographiques et il y met en scène son enfance à Montréal, sa famille (des femmes surtout), la découverte de l'art en général (littérature, théâtre, cinéma,…) et celle, douloureuse, de son homosexualité.

Ici il relate un épisode important dans la vie de son héros : la découverte fortuite, au hasard d'un miroir, de sa ressemblance frappante avec son frère aîné qu'il a toujours détesté. Cette ressemblance, il la refuse, pourtant elle est là ! Sous la forme d'une lettre à un ami psychanalyste, il va essayer d'analyser et de mieux admettre cette situation.

 

TREMBLAY, Michel

Les vues animées

Actes Sud

 

En complément de "Un ange cornu avec des ailes de tôle" où Tremblay évoquait ses découvertes de lecture quand il était enfant, "Les vues animées" nous parle avec fantaisie et humour des films qui l'ont particulièrement marqué.

"Orphée" avec Jean Marais ; "Cendrillon" qui est l'occasion d'aller à l'autre bout de Montréal et de rester à trois séances d'affilée ; "Blanche-Neige" qui lui fait beaucoup moins peur que sa cousine quand elle imite la sorcière ; "La parade des soldats de bois" où il prend réellement conscience pour la première fois qu'il est amoureux du héros et non pas de l'héroïne ; et "20 000 lieux sous les mers" ; et "Mister Joe", son premier film d'horreur" ; et surtout "Les visiteurs du soir".

Toute une mythologie cinématographique qui, à l'instar de la littérature, nourriront son imagination enfantine et seront les fondations de son œuvre littéraire. Et toute une époque, les années cinquante et la vie quotidienne d'un petit garçon du Plateau du Mont-Royal à Montréal.

 

TREMBLAY, Michel

Un ange cornu avec des ailes de tôle

Actes Sud

 

Après "Bonbons assortis", je n'avais pas envie de quitter Michel Tremblay et son enfance québécoise. Par hasard, je prends "Un ange cornu" (accrochée par le titre…) et là, bonne surprise, non seulement c'est sur son enfance, mais, de plus, c'est sur ses souvenirs liés à la lecture.

La Comtesse de Ségur ? C'est en dénichant "L'auberge de l'ange gardien", cadeau de Noël caché au fond d'un placard, qu'il la découvre par petits bouts avant les fêtes. Tintin ? On lui offre "Tintin au Congo", qu'il méprise d'abord (il y a des images, c'est pour les petits) avant de succomber au rythme de l'histoire. Jules Verne ? Il se rend malade à force de s'identifier au fils du capitaine Grant. Victor Hugo ? Il est à l'Index, aussi le lit-il en cachette. Et "Orage sur mon corps", "roman homosexuel québécois", la bibliothécaire ne le lui laisse pas emprunter ! Enfin et surtout, sa grande découverte : le théâtre, grâce aux auteurs grecs, découverte qui le mènera lui-même à l'écriture théâtrale.

C'est un bonheur de suivre Tremblay dans sa découverte de la littérature et, à la fin, de partager sa joie quand il publie son premier livre, "Contes pour buveurs attardés".

TREMBLAY, Michel

Bonbons assortis

(Actes sud, 2002)

Bien qu'il ait écrit un grand nombre de romans et de pièces de théâtre depuis une trentaine d'années, Michel Tremblay n'est pas un écrivain très connu du public français. Il faut dire qu'il n'a pas fait de "coup médiatique", pas eu de prix littéraire important... Pour ma part, c'est le premier livre de lui que je lis et j'ai vraiment un coup de cœur.

Dans "Bonbons assortis" c'est son enfance qu'il nous fait partager, une enfance où les femmes sont très présentes (sa mère, sa tante, sa grand-mère,…) et ont toutes beaucoup de caractère. Sans mièvrerie, il évoque quelques épisodes drôles ou émouvants de la vie de famille, une sorte de "Temps des secrets", mais au Québec dans les années 40/50 !

BARICCO, Alessandro

Sans sang

(Albin Michel, 2002)

La petite fille est là, lovée dans sa cachette sous la trappe, quand ils viennent assassiner son père et son frère. Quand Tito soulève la trappe, pour la tuer, elle est là, "les genoux bien pliés, les mains entre les jambes, les pieds en équilibre. Seigneur comme c'est beau, pensa-t-il".

Cinquante ans plus tard, c'est elle qui part à sa recherche…

Comme dans "Soie", Baricco nous propose un très joli récit. Cette fois c'est une histoire de vengeance qui mêle présent et passé, qui saute les générations, qui commence dans le sang, mais finit... "sans sang".

CHI Li

Pour qui te prends-tu ?

Actes Sud

Après avoir lu "Préméditation", j'avais envie de découvrir d'autres romans de cette jeune auteure chinoise. Dans "Pour qui te prends-tu ?", il n'est pas question de vengeance sur fond de guerre, comme dans "Préméditation", c'est plutôt à la découverte d'une tranche de vie dans la Chine actuelle que nous convie Chi Li. Dans la famille Lu, l'aîné a réussi comme chef d'entreprise et il a la charge de conseiller et soutenir le reste de la fratrie ainsi que ses parents, un peu dépassés par la situation ! Tout a changé, les relations familiales, la généralisation du divorce, la communication homme-femme, etc… Pas facile de trouver sa place dans le monde moderne sans céder à la nostalgie passéiste mais en essayant quand même de conserver les valeurs traditionnelles de fraternité et d'humanisme.

Grâce à un style vivant, alerte et drôle, Chi Li évoque bien le malaise et les contradictions auxquels est confrontée la société chinoise contemporaine.

CHI LI

Préméditation

(Actes Sud, 2002)

Dans "Préméditation", son quatrième roman traduit en français, Chi Li nous entraîne dans un récit qui mêle Histoire et vie privée. A la suite de plusieurs revers de fortune, c'est la famille de Ding qui se trouve maintenant tenir le haut du pavé, alors que celle de Wang a retrouvé le statut de domestique. Wang n'aura de cesse de se venger de cet affront, d'autant plus qu'il doit épouser une femme au visage "grêlé", alors que Ding se marie avec une beauté. Engagé dans l'armée (c'est l'époque de la guerre sino-japonaise), c'est toujours l'idée de cette vengeance qui le fait avancer.

Beaucoup d'ironie dans cette histoire où la vengeance devient, chez Wang, un leitmotiv presque ridicule. Ding est riche, beau, cultivé et honnête, et le pauvre Wang aura bien du mal à opposer sa rancune à tant de qualités !

MICHON, Pierre

Corps du roi

(Verdier, 2002)

Maintenant que nous avons découvert le mot "sanwen" grâce au livre de Bai Chuan, j'ai envie d'utiliser ce mot pour les textes de ce recueil (sanwen = petits textes à la croisée des genres)

Des pages sur Samuel Beckett et William Faulkner à partir de superbes portraits, avec des gros plans sur leur inspiration et leur cigarette. Une évocation de la mort de sa mère auprès de laquelle il récite la "Ballade des Pendus" de François Villon. Des règlements de compte contre les critiques littéraires sur fond d'alcool et de "Booz endormi". Et les deux "corps du roi", le corps "mortel" et le corps "éternel" des grands écrivains, à partir du personnage de Gustave Flaubert.

Une écriture à la fois fluide et affectée mène le lecteur tout au long du livre et Pierre Michon est le guide initiatique de ces très beaux récits.

CHUAN, Bai

Eclat du fragment

(L'Amourier, 2002)

Trois parties composent ce recueil de textes "à la croisée des genres", éclisses, éclats, esquilles.

Eclisse : éclat de bois

Eclat : fragment d'un corps qu'on brise

Esquille : petit fragment qui se détache d'un os brisé.

Ces définitions éclairent le contenu de ce magnifique petit livre. Eclats de vie, fragments d'existence, morceaux de souvenirs... Tout est dans l'évocation subtile de ces moments particuliers, notes de voyage, réunions de famille, deuil, viol.

Grâce à une écriture précise et minutieuse, l'auteur fait vivre des "journées particulières" en quelques paragraphes ou quelques pages avec une merveilleuse délicatesse.

GRONDAHL, Jens Christian

Bruits du coeur

(Gallimard, 2002)

Quand le narrateur apprend la mort de son ami d'enfance, Adrian, à quarante ans à peine, il se replonge dans leurs souvenirs communs et s'interroge sur la dernière phrase que son ami lui a dite : "J'aimerais être toi". Ils ont partagé beaucoup de moments, ressenti beaucoup d'émotions ensemble, avancé dans la vie au même rythme. Pourtant quels ont été les désirs réels d'Adrian, quels ont été ses "bruits du cœur" ?

Voilà un roman psychologique intimiste, très attachant. C'est le deuxième livre traduit de cet auteur danois.

WRIGHT, Alexis

Le pacte du serpent arc-en-ciel

(Actes Sud, 2002)

On connaît peu les écrivains d'Australie, Patrick White, Peter Carey, Thomas Keneally ("La liste de Schindler") et, dans le domaine policier, Arthur Upfield. La littérature est encore sous l'influence britannique, sauf pour quelques-uns qui essaient de retrouver leurs racines.

Alexis Wright fait partie de ceux-là. Aborigène australienne, elle a publié des textes engagés et quelques récits. Dans "Le pacte du serpent arc-en-ciel", recueil de nouvelles, elle dénonce la ségrégation dont sont victimes les Aborigènes, le racisme qu'ils doivent subir et les humiliations qu'ils endurent. La déchéance est souvent inéluctable et le choix entre la prison et le centre de désintoxication le seul possible.

Pourtant l'imaginaire des Aborigènes est toujours vivant et tente de coexister vaille que vaille avec la civilisation moderne comme nous le montre Alexis Wright.

 

MONTERO, Rosa

Le Territoire des Barbares

(Metailié, 2002)

Pendant des années, Zarza a fait partie des "Barbares", des délinquants, des accros à l'héroïne. Mais elle s'en est sortie et mène une vie monotone et rangée. Aussi quand un matin un appel téléphonique lui annonce "Je t'ai retrouvée", elle comprend tout de suite de quoi il s'agit. Pendant 24 heures, elle va s'efforcer d'échapper à son poursuivant, retraçant ses souvenirs d'enfance, retrouvant ceux qu'elle fréquentait "avant", essayant de s'en sortir à tous les sens du terme.

Un roman au crescendo haletant par Rosa Montero, romancière et journaliste espagnole.

 

KERET, Etgar

La colo de Kneller

(Actes Sud, 2002)

Voilà une idée vraiment folle pour un roman : et si les suicidés continuaient de vivre dans un autre monde, derrière le miroir qu'ils ont franchi ? Hayim découvre un monde presque semblable à celui des vivants, où il cherche, tel Orphée son Eurydice, Erga qui s'est suicidée juste après lui. Ce petit livre, où se mêlent humour et mélancolie se lit d'un trait.

L'auteur, porte-parole de la jeune génération israélienne, est aussi scénariste de bandes dessinées et cinéaste.

 

RIEL, Jorn

Le Roi Oscar. Quatre racontars arctiques vraiment pas tristes, destinés à un usage immodéré

Gaïa

Nouveau

Ces quatre nouvelles sont tirées de "racontars" publiés précédemment, mais rassemblés ici dans une collection plutôt destinée à la jeunesse (disons de 7 à 77 ans…).

C'est comme d'habitude un régal de découvrir la vie des trappeurs au Groenland et leurs mésaventures. Je reprends la quatrième de couverture pour évoquer "comment vivre dans une station de chasse près du cercle polaire sans (…) se geler les fesses" ou "comment se débarrasser d'un ours (…) quand on a oublié son fusil (…) à cent mètres… ?".

Rafraîchissant à cette saison et vraiment réjouissant !

 

RIEL, Jorn

La maison des célibataires

(Gaïa, 1999)

Ils sont cinq à habiter la "maison des célibataires" à Sardloq dans le Sud du Groenland, cinq célibataires unis comme les doigts de la main et bien décidés à le rester (unis et célibataires !). Mais la maison appartient au village et que va-t-il advenir d'eux quand ils seront vieux ? On ne leur permettra certainement pas d'y rester. Une seule solution : que Kernatoq se dévoue et épouse Bandita, une riche veuve des environs, ainsi pourra-t-il héberger ses amis. Mais Bandita est connue pour être une "mangeuse d'hommes" et ses amis sont inquiets…

Comme d'habitude Riel nous entraîne dans une aventure truculente et rafraîchissante à l'instar de ses "racontars arctiques".

RIEL, Jorn

Le garçon qui voulait devenir un être humain

(Gaïa, 2002)

Quel plaisir de retrouver Jorn Riel et ses "racontars" du Groenland. A travers ses histoires, c'est l'histoire du peuple Inuit qui se dévoile peu à peu à nous, et quoi de plus merveilleux que ces légendes du pays où le soleil ne se couche pas.

Ici c'est la découverte, par un jeune Islandais naufragé, de la vie quotidienne Inuit. Recueilli par Narua et Apuluk, Leiv va peu à peu apprendre à connaître ses nouveaux amis, leurs coutumes, leurs aventures, jusqu'à devenir lui aussi un "être humain", c'est-à-dire un Inuit.

De la poésie, de l'aventure et une merveilleuse leçon d'humanisme comme dans tous les romans du danois Jorn Riel.

EL-DAÏF, Rachid

Learning English

(Actes Sud, 2002)

Rachid El-D., enseignant à Beyrouth, apprend par hasard la mort de son père, assassiné deux jours auparavant et enterré la veille. Pourquoi cet assassinat ? Et pourquoi n'a-t-il pas été prévenu plus tôt ?

Ce livre, largement autobiographique, est un long monologue qui ramène l'auteur dans les méandres de ses souvenirs d'enfance. La tradition, omniprésente, coexiste avec l'évolution des mentalités, mais Rachid est tiraillé entre les deux. Doit-il venger son père. Doit-il se réjouir de cette mort qui délivre sa mère d'une vie tyrannique.

Une autofiction qui nous entraîne dans les obsessions de cet auteur libanais, auteur de "Cher Monsieur Kawabate" et "Passage au crépuscule" chez Actes Sud.

 

ROSALES, Guillermo

Mon ange

(Actes Sud, 2002)

Voilà une des étoiles filantes de la littérature. Guillermo Rosales, cubain, né en 1946, est très tôt remarqué comme romancier mais il n'est pas publié à Cuba où règne l'ordre politique et moral. Dépressif, malade, il choisit l'exil en 1979. Il continue à écrire malgré ses internements successifs et "Boarding Home" ("Mon ange") est publié en 1986 à Miami. En 1990, il bénéficie d'une chambre dans un immeuble d'Etat pour nécessiteux et se suicide en 1993, trois ans après son ami Reinaldo Arenas.

Tous ces éléments sont nécessaires à connaître car "Mon ange" est bien sûr complètement autobiographique. Dans cette maison de fous crasseuse, l'auteur va rejoindre le rebut de la diaspora cubaine. Aucun pathétique dans ce récit. C'est la description précise, souvent sarcastique, à la première personne et au présent, d'une situation sans issue.

L'Amérique y a vu la critique de la révolution cubaine, et Cuba la critique du mode de vie américain…

(Ce livre est aujourd'hui traduit pour la première fois en français)

THOMAS, Chantal

Les adieux à la Reine

(Seuil, 2002)

Que ce soit clair : je n'aime pas les romans historiques. Je ne distingue jamais ce qui est vrai de ce qui est inventé ! De plus, en général l'Histoire ne sert que de prétexte à une intrigue sentimentale. Malgré ces réticences, je me suis mise à lire le Prix Femina, la réputation de l'auteur (spécialiste du 18è et chercheur au CNRS) et les critiques professionnelles m'ayant convaincue.

C'est vrai que là au moins l'Histoire n'est pas un prétexte. Au contraire, la forme romanesque sert plutôt à rendre vivante une période très courte (les 14, 15 et 16 juillet 1789) et un lieu clos (le château de Versailles). En trois jours, des siècles de certitude s'effondrent. Dans cet espace très resserré, on voit littéralement la Monarchie vaciller, des rites immuables perdre tout à coup leur sens, les dominants devenir les dominés. Et tout cela est vu par l'œil de la lectrice de Marie-Antoinette qui, par son monologue intérieur (il y a très peu de dialogue) nous fait ressentir les bouleversements subis par les "logeants" du Château.

On retrouve un peu le ton de "L'Allée du Roi", çà ressemble aussi à un journal intime, le style est soigné, les descriptions minutieuses. Du roman historique comme celui-là, d'accord !

 

Laurie COLWIN

Comment se dire adieu

(Autrement, 2002)

C'est toujours difficile de faire le résumé des romans de Laurie Colwin. En effet, comme dans "Frank et Billy" et "Une vie merveilleuse", ici c'est l'atmosphère qui importe plus que l'histoire. Les histoires sont toujours celles de New-Yorkais en quête d'une vie qui leur ressemble.

Ici, Géraldine, ancienne choriste blanche d'un groupe de rythm and blues noir, cherche à se forger une identité à la fois proche et à la fois différente de celle d'"ancienne choriste blanche de Ruby Tremblay". Sa vie c'est quoi ? Des souvenirs ? Un état de "femme mariée à un avocat" et de "mère de Franklin" ?

Un peu comme dans les romans de Stephen McCauley, les héros de Laurie Colwin ont du mal à quitter l'adolescence ou plutôt à admettre qu'il faut bien grandir un jour et que cela ne signifie pas forcément que l'on va renoncer à tous ses rêves (à quelques uns quand même…)

HOLDER, Eric

Hongroise

(Flammarion, 2002)

Eric Holder est un auteur qui sait raconter des histoires. Nostalgiques, émouvantes, nous parlant du passé et des liens mystérieux qui se tissent entre les hommes.

Dans "Hongroise", le narrateur rend hommage à son voisin qui vient de mourir. Celui-ci, médecin, plutôt bourgeois, plutôt respectable (femme, enfant, cabinet, clientèle), voit sa vie s'ouvrir quand il rencontre les Ferenczi, le père et les deux filles, hongrois déracinés. Peu à peu il est happé par leur existence, mystérieuse, fantaisiste. Il prend pension chez eux et se coule dans leur histoire.

Ce sont les petits morceaux de vie d'êtres exceptionnels qu'Holder décrit avec minutie et délicatesse. Les sentiments sont passionnés mais retenus. Les émotions vives mais acceptées. Est-ce là l'âme hongroise ? Holder nous le laisse imaginer….

 

HOLDER, Eric

L'Histoire de Chirac

Flammarion

 

Ari, jeune historien, a pour mission de rédiger une brochure sur l'histoire de Chirac, petit village de Corrèze. Mais, à peine arrivé, il est happé par les "personnages" du village. Jean, dit le Muet, qui a la langue coupée depuis sept ans. La belle Julia, maîtresse de Bastide Florian et épouse du riche producteur Stefani. Bambi, qui rêve de gloire et de richesse. Ari va vite découvrir les liens secrets qui unissent tous ces personnages et comprendre pourquoi des règlements de compte ont soudain lieu.

Après les très beaux "Mademoiselle Chambon", "La correspondante" et "Hongroise", ce récit est un peu à part dans l'œuvre d'Eric Holder. L'histoire, foisonnante, paraît écartelée entre les différentes pistes qu'elle aurait pu suivre, et le style intimiste qui fait le charme de cet auteur disparaît au profit d'une intrigue un peu confuse.

WASSMO, Herbjorg

L'héritage de Karna T.1 : mon péché n'appartient qu'à moi

L'héritage de Karna T.2 : le pire des silences

L'héritage de Karna T.3 : les femmes si belles

(Gaïa)

T.1 : Fin XIXè en Norvège. Suite du "Livre de Dina" et de "Fils de la Providence". Nous retrouvons Benjamin, le fils de Dina, qui, après ses études à Copenhague, retourne dans la propriété familiale. Il emmène avec lui Karna, sa fille encore bébé. A Reinsnes il retrouve une partie de son passé, les domestiques qui l'ont élevé, Anders qui a épousé Dina et qui tient la ferme, et Hannah, l'amie d'enfance. Il s'installe comme médecin et prend peu à peu sa place dans cet univers.

Toujours des sentiments violents dans ce monde dur de marins. L'histoire familiale pleine de non-dits et de secrets est encore exacerbée par le climat hostile de l'extrême Nord de la Norvège.

T.2 : Après 18 ans d'absence, Dina revient dans sa propriété de Reinsnes. Les sentiments violents qu'elle a provoqués autrefois sont loin d'être oubliés par Anders, son dernier mari, Benjamin, son fils, et Anna, sa belle-fille. L'histoire est souvent vue par l'œil de Karna, la fille de Benjamin. Intelligente et vive, elle est épileptique et son mal semble exacerbé par les conflits familiaux et toutes les névroses accumulées depuis plusieurs générations.

Dina, Karna, Anna, et aussi Hannah. Les femmes sont omniprésentes dans ce volume. Elles font le lien entre les générations, en bousculant, en choquant, mais aussi en aimant. La violence et la passi , ce sont bien celles des femmes, décrites par Wassmo dans cet univers de noirceur.

T.3 : Dernier volet de cette grande saga qui se passe au 19è siècle au Nord de la Norvège. Saga est un terme plutôt péjoratif car souvent attribué à des romans faciles et un peu sentimentaux. Rien de facile ni de sentimental chez Wassmo. Rien de difficile à lire non plus, mais des descriptions, des itinéraires, des relations très sombres.

Une femme, Dina, sort de l'ordinaire. Elle ne veut rester ni dans sa condition sociale, ni dans sa condition inférieure de femme. Pour cela, tous les moyens sont bons ; inceste, adultère, assassinat même.

L'intérêt de cette "saga" (elle s'étend sur sept volumes, séparés en trois "séries") est, entre autre, de montrer les conséquences de ces choix de vie sur sa descendance. Comment vivre avec une telle histoire familiale, peut-on échapper à ces situations névrotiques, peut-on y survivre ?

Tous ceux qui ont lu ces romans gardent en mémoire, j'en suis sûre, ces magnifiques portraits de femmes et les superbes descriptions de cette nature nordique hostile.

WASSMO, Herbjorg

Fils de la Providence

T1 et T.2

(10/18)

Tous ceux qui ont aimé les trois volumes du "Livre de Dina" retrouveront avec plaisir l'adolescence de Benjamin, fils de Dina dans "Fils de la Providence" (la suite sera relatée dans "L'héritage de Karna").

Le terme saga est plutôt péjoratif. C'est pourtant la saga d'une famille en Norvège, au 19ème siècle, menée par le personnage envoûtant de Dina, que nous relate Wassmo.

Dans "Fils de le Providence", Benjamin est témoin du dernier meurtre de sa mère. Se sentant coupable de ce qu'il a vu, il développe des symptômes d'angoisse, les cauchemars l'envahissent. Ce n'est qu'en partant à Copenhague poursuivre ses études qu'il trouvera un peu de répit. Là-bas aussi pourtant il sera toujours en quête d'amour, habité par une violence incontrôlable, et excessif dans ses désirs comme dans ses amitiés.

On ressort anéantis des livres de Wassmo tant ses histoires sont porteuses d'une violence intérieure, et pourtant le souffle épique, la sensation que ses personnages sont, tels des héros grecs, soumis à un destin implacable, aimante le lecteur de la première à la dernière page.

Toutefois…. allergiques aux névroses familiales s'abstenir….

 

SHALEV Zeruya

Vie amoureuse

Gallimard

Le jour où elle rencontre Arieh, ami d'enfance de son père, Ya'ara sait que rien ne sera plus comme avant. Elle est irrésistiblement attirée par cet homme et prête à faire toutes les folies pour le voir. Sa famille, sa thèse, l'université, son mari, tout doit se soumettre à son désir. A n'importe quelle heure, elle est là pour lui, essayant de comprendre ce qui la lie à cet homme. Il était l'ami de son père, mais quels liens le liaient à sa mère ? Est-ce qu'elle n'essaie pas de revivre quelque chose dans cette passion désordonnée, de venger quelqu'un ?

Sans le style extraordinaire de Zeruya Shalev, ce roman ne serait qu'un roman de plus sur la passion amoureuse et le désir. Mais l'auteur réussit à nous faire entrer dans le déroulement même des pensées de son héroïne. Une ponctuation minimale permet de suivre le flux de sa conscience et d'être au plus près d'un récit qui s'apparente au surgissement de l'inconscient dans l'analyse.

Ce premier roman de Zeruya Shalev, éditrice à Jerusalem, a fait scandale en Israël. Pour moi, il s'apparente au "Livre brisé" de Serge Doubrovsky, très fort lui aussi, sur des thèmes et avec un style similaires.

 

SHALEV, Zeruya

Mari et femme

(Gallimard)

 

 

Naama et son mari Oudi se connaissent depuis l'adolescence, sont mariés et ont une fille de dix ans. Ils mènent une vie de couple ordinaire, plutôt fusionnelle quand même, jusqu'au jour où Oudi se réveille avec les jambes paralysés. Les médecins ne décèlent aucune cause physique, c'est, selon eux, un symptôme de "conversion". D'ailleurs ce symptôme se déplace, se portant sur les yeux, puis le corps tout entier. Peu à peu Naama est obligée de prendre conscience que le fonctionnement de leur couple est peut-être à modifier. Elle doit aussi admettre que tout n'est pas de la faute d'Oudi. Elle aussi, avec son habitude de tout prendre à sa charge, de colmater tous les problèmes, de chercher à être parfaite, doit admettre que la "fusion amoureuse" recherchée a abouti au résultat contraire.

Dans ce roman, encore plus réussi que le précédent "Vie amoureuse", Zeruya Shalev a réussi à mettre à nu le déroulement de la pensée d'une femme. Par un style délibérément libéré de la ponctuation classique, elle permet de suivre les méandres de la pensée de Naama, torturée par la culpabilité, mais en même temps sûre de sa bonne conscience de mère, d'épouse et de fille. Il lui faudra faire un travail énorme sur elle-même pour réussir, peut-être pas à sauver son couple, mais au moins à vivre en harmonie avec elle-même.

BANKS, Russell

L'ange sur le toit

(Actes Sud)

 

Un homme qui retourne voir la maison de son enfance. Un autre qui interroge sa mère pour mieux comprendre une décision de son père. Un autre, trois fois marié, trois fois divorcé, qui est nostalgique de sa seconde épouse. Une jeune fille étouffée par l'amour de son père.

Amour, incompréhension, incommunicabilité, difficulté et même impossibilité des relations entre les êtres, solitude. Et surtout regret de ne pas avoir su dire aux autres qu'on les aimait.

"J'espère que vous m'aimerez sans raison particulière" écrit Russel Banks dans une des nouvelles de ce très beau recueil, résumant à la fois toute l'espérance et tout le désespoir qui s'en dégagent.

LAXALT, Robert

Basque Hôtel, Nevada

(Autrement)

De nombreux émigrants basques se sont installés aux Etats-Unis au début du siècle. Parmi eux, les parents de Robert Laxalt. Mais le rêve américain n'est pas pour tout le monde. Pour les Basques, difficile de réussir en dehors de ce qu'ils savaient faire dans leur pays, l'élevage des moutons.

Pour Pete, c'est la découverte de la vie, et tout lui paraît merveilleux, l'hôtel où ils habitent, les clochards qu'il voit tous les jours, la difficile vie de berger que doit mener son père,….

Véritable roman d'apprentissage, "Basque Hotel, Nevada" est le premier volet d'une trilogie écrite par Robert Laxalt à la fin de sa vie et éditée par Autrement qui réserve souvent de belles surprises dans sa collection "Littératures".

PLANTE, David

Le Temps de la Terreur

(Actes Sud)

C'est en voyant la photo d'une certaine Zoya, martyre soviétique, capturée, torturée et pendue par les Allemands, que Joe décide d'aller en URSS. C'est un an avant la chute du communisme.

Là-bas il est pris dans une situation quasi-surréaliste. Hébergé dans des conditions précaires par une Russe, il tente de l'aider alors qu'elle est sous la coupe d'un Américain qui profite de la déliquescence du pays pour faire le maximum de profits.

Itinéraire d'un homme qui veut donner un sens à sa vie et qui cherche le salut dans un monde communiste idéalisé. Dérangeant, torturé, mystérieux, "Le temps de la Terreur" est un premier roman prometteur.

OKUIZUMI, Hikaru

La nuit où le serpent fut tué

(Actes Sud)

 

Pendant la première nuit qu'il passe avec sa future femme, Akihiko ne réussit pas à la satisfaire. Les raisons : la fatigue, les soucis, le surmenage, mais aussi la lettre anonyme accusant sa future femme de libertinage.

Pendant le voyage qu'il fait avec elle dans sa famille, il est confronté à ses démons. La fête dédiée au Dragon lui rappelle sa défaillance, et aussi le serpent trouvé dans sa chambre. La sœur de sa femme, plus âgée mais très désirable, le met face à l'ambiguïté de ses propres désirs.

L'auteur met en scène la vertigineuse plongée dans l'inconscient de son héros. Angoisse, jalousie, désirs refoulés…

Des thèmes universels magnifiquement traités dans cet univers japonais.

 

ACIMAN, André

Faux papiers

(Autrement)

Quand André Aciman revient à Alexandrie après plusieurs années d'exil, en Italie, en France et à New-York, c'est, dit-il, pour "toucher et respirer le passé". Comme tous les retours sur le passé, celui-ci est nostalgique, douloureux, parfois heureux, souvent décevant. D'Alexandrie, il conserve des images qu'il fait renaître à New-York, New-York qu'il aime puisque c'est l'endroit où il peut le mieux évoquer Alexandrie, Paris et l'Italie.

Le temps perdu se retrouve-t-il jamais ?

Ce spécialiste de Proust, professeur de littérature comparée à l'université de New-York, a fait de cette question le thème central de ses ouvrages, lui l'exilé qui semble avoir des "faux papiers" partout dans le monde.

DELILLO, Don

Body Art

(Actes Sud)

Une première scène déroutante. Dans une cuisine, un homme et une femme prennent leur petit déjeuner, le tout est décrit de façon méticuleuse, presque maniaque. Après la mort de l'homme, la femme, adepte du body art, survit en tentant à la fois de soumettre entièrement son corps à sa volonté, et d'évoquer le souvenir de son mari. Curieux personnage que cet inconnu évoluant dans la maison en récitant des phrases entières du défunt. Combat entre volonté et désir, entre l'être, sa conscience, sa raison, son angoisse d'être...

Bien sûr on se précipite sur le premier chapitre pour le relire et relier entre eux les fils du récit.

Difficile de le lire et de ne pas faire partager l'émotion provoquée par ce texte très fort.

HARRISON, Jim

Sorcier

(10/18)

C’est un Jim Harrison très différent de "Dalva" ou de "La route du retour" que l’on découvre dans ce récit. Pas de grands espaces, pas de destins tragiques et de personnages emblématiques. Plutôt une variation humoristique sur le mythe du héros.

Mangeur, buveur, amateur, pour de pas dire obsédé, de sexe, Sorcier n’en revient pas lui-même de tout ce qui lui arrive. Lui qui passe son temps à fantasmer, quand il ne s’occupe pas de sa superbe femme, se retrouve dans la peau d’un détective privé héroïque, tombeur, et plein aux as !

Une telle vitalité se dégage de ce roman que l’on a vraiment envie d’en parler et de le conseiller !

SCHMITTER, Elke

Madame Sartoris

(Actes Sud)

Si je vous parle d'une femme mariée qui s'ennuie avec son mari, qui s'étiole dans sa ville de province, et qui, bien sûr prend un amant, vous pensez à Emma Bovary, à "La conversation amoureuse" d'Alice Ferney aussi. Mais cette Emma là n'est pas de celle qu'on prend et qu'on laisse impunément. Elle a été transformée par cette relation, et la chute, je ne vous dis que cela, est excellente et change des poncifs habituels.

C'est le premier roman d'un auteur allemand, journaliste et critique littéraire. A suivre.

FERNEY, Alice

La conversation amoureuse

(Actes Sud)

"Pourquoi suis-je dans ce restaurant avec cet homme, pourquoi ai-je accepté de le suivre. Je le connais si peu. Mais cette façon qu'il a de me regarder, et cette voix d'alcôve ! Je ne résiste pas..."

Pauline, femme mariée, heureuse en ménage, maman d'un petit garçon et enceinte d'un autre enfant, fait le contraire de ce qu'elle est habituellement, mais elle le fait quand même.

Analyse psychologique poussée, description minutieuse de l'évolution des sentiments, il faut le talent d'Alice Ferney pour ne pas tomber dans le mélo, mais allergiques à Emma Bovary s'abstenir !

 

MINOR, Nata

La partie de dames

(Le Reflet)

Voici un petit roman, presque une nouvelle, écrit en français mais avec une atmosphère telle que l'on jurerait que l'auteur est russe. En fait, c'est à moitié vrai, Nata Minor est d'origine russe, exilée en France, et psychanalyste de métier.

Voilà un aperçu de l'histoire. Afanassi, un valet de chambre russe, raconte sa vie au service de celle qu'il appelle "Mademoiselle", au début de ce siècle, juste avant la Révolution russe. Quand la narratrice fait leur connaissance, Mademoiselle vient de mourir, et c'est son portrait que nous dévoile peu à peu Afanassi, teinté de ses rêves à lui, de ses souvenirs de ses fantasmes.

Un petit bijou à découvrir.

BENACQUISTA, Tonino

Quelqu'un d'autre

(Gallimard)

Qui n'a jamais rêvé d'être quelqu'un d'autre ? Après une partie de tennis acharnée et quelques verres (de trop), Thierry Blin et Nicolas Gredzinski signent un pacte : ils vont essayer d'être ce qu'ils ont toujours voulu être et se donnent rendez-vous dans trois ans. Dès le lendemain c'est décidé. L'un choisit de changer de tête, de métier, d'entourage. L'autre découvre qu'il devient un autre grâce à l'alcool. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Disons que c'est plutôt un roman noir, dans la lignée des autres (excellents) romans de Benacquista, et que, s'il n'y a pas de morale, il y a toujours une réflexion sur l'homme et sur ses désirs.

HAASSE, Hella S.

Un long week-end dans les Ardennes

(Actes Sud)

La grande pianiste Edith Waldschade a adopté des loups et les élève, en hommage à son père qui les a longtemps étudiés. Elle est restée célibataire, meurtrie par une histoire d'amour, et dans la propriété des Ardennes belges où est installé l'enclos des loups, elle partage la maison familiale avec sa soeur et la famille de celle-ci. Surgit un jour l'inquiétant Erwin, son demi-frère, et avec lui les ombres d'un passé nazi...

Superbe roman où se mêlent passé et présent.

Les mélomanes penseront sans doute à la pianiste Hélène Grimaud, qui elle aussi élève des loups...

McCAULEY, Stephen

La vérité ou presque

(Buchet-Chastel)

Jane a la quarantaine, une famille, et une carrière à la TV. Desmond écrit une biographie, accepte de donner des cours à Boston et veut prendre de la distance avec son compagnon Russell.

Jane et Desmond, tous deux fragiles, las de la vie et un peu amers, vont vivre un moment d'amitié et essayer de donner forme à leur existence (amitié entre une femme et un homosexuel : le thème préféré de McCauley).

Un roman très attachant.